Pas encore inscrit ? Rejoins dès maintenant notre communauté de passionnés !
facebooktwitterYoutubemail
Ptites Bêtes Du Net

Le co-voiturage animalier : vous vous en servez ?
Oui !
24%
 24% [ 9 ]
Non !
26%
 26% [ 10 ]
Un jour, peut-être...
50%
 50% [ 19 ]
Total des votes : 38
Derniers sujets

Partagez | 

Mon bouquin

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessageAller à la page : 1, 2  Suivant
Reubeuh
Modérateur
Modérateur
avatar


MessageSujet: Mon bouquin   Ven 26 Avr 2013 - 18:50

Il y a quelques années (en 2008) j'avais écrit un début de roman... L'ayant retrouvé, je me demande si je dois le continuer, ça vous tente que je vous mette quelques chapitres que vous me disiez ce que vous en pensez ?

Citation :
Il relève sa manche en soupirant, avant de laisser aller sa tête sur les draps, sa main toujours dans la sienne. Tellement longtemps qu'il est là, à la regarder, elle qui est si belle sur ce lit si blanc. Ses cheveux roux, si frisés, qu'il adorait parcourir de ses doigts. Ses yeux gris, à présent clos, sa peau pâle qui semble encore plus claire posée sur la couchette. Cet être qu'il aimait tant, cet être qu'il chérissait, cet être allongé qui n'a plus bougé depuis des mois.

- Andy...

Et Andy ne bouge pas. Andy dont on a oté les bijoux qu'elle portait sans cesse, Andy dont on a oté le maquillage sombre qui faisait ressortir ses yeux, Andy dont on a oté la vie... Du moins sa vie, la force qu'elle avait, la joie qu'elle laissait transparaitre devant lui, le seul à profiter de ce cadeau, si merveilleux cadeau, son bonheur à elle seule, et qu'on lui a retiré... Il relève la tête, pauvre homme, et croise à nouveau les yeux fermés de celle qu'il aime. La suppliant intérieurement de se réveiller, encore et encore, si tout cela était possible.

Quelques secondes à peine qui passent avant que le jeu, son jeu, leur jeu, ne revienne à la charge. Et Si... Et si soudain, ce trait noir symbolisant l'activité cérébrale subissait un pic ? Et si le coeur s'emballait alors que les yeux s'ouvraient ? Et si la première phrase qu'elle prononce était :

- Samuel, je t'aime.

Et Si... Un jeu tellement amusant quand elle était encore là pour y jouer avec lui... Et si tu m'embrassais ? Et si je décidais de poser mes doigts le long de tes courbes ? Et si tout à coup, ton coeur s'arrêtait ?

Ne pas penser à ça. Ne JAMAIS penser à ça. Andy est supersticieuse, Andy craint quand on parle de la mort de quelqu'un devant lui. Andy, ne meurs pas. Andy, réveille-toi...

- Monsieur ? Escusez-moi, mais je dois lui faire ses soins...
- Ce n'est rien. J'allais vous laisser, répondit-il à la jeune infirmière. Je dois aller en cours. Si elle se réveille, dites-lui que je suis là à 17h. Appelez-moi.
- Oui Monsieur.

L'infirmière ne dit rien, sourit tristement. Le jeune homme répète la même chose à chaque fois depuis trois mois. A chaque fois qu'il sort de la pièce, il précise les mêmes requètes. Le prévenir. La rassurer. Il sera là pour elle.

Elle le regarde avancer vers la porte avant de se pencher vers le lit. Ramasse l'une des feuilles qu'il a oublié, se relève pour la lui tendre, mais il n'est déjà plus là. D'un mouvement involontaire, elle retourne la feuille arrachée d'un cahier à spirales. Juste quelques mots embellis de dessins.


Andrea et Samuel, pour la vie...
Revenir en haut Aller en bas
Fofie
Chef
Chef
avatar


MessageSujet: Re: Mon bouquin   Ven 26 Avr 2013 - 21:27

Han j'adore !!
On lit trop la passion...
Je veux connaître la suite !
Revenir en haut Aller en bas
Talima
Administratrice
Administratrice
avatar


MessageSujet: Re: Mon bouquin   Sam 27 Avr 2013 - 15:24

Je pense que chaque chose commencée c'est bien de la finir , je pense que je me prendrais vite au jeu de vouloir savoir l'histoire .
Revenir en haut Aller en bas
Pathéa
Surf sur le web
Surf sur le web
avatar


MessageSujet: Re: Mon bouquin   Sam 27 Avr 2013 - 16:29

Je trouve que c'est trop beau, je veux lire la suite !
Revenir en haut Aller en bas
Pinkie
Modérateur
Modérateur
avatar


MessageSujet: Re: Mon bouquin   Sam 27 Avr 2013 - 20:13

Pareil
Revenir en haut Aller en bas
Reubeuh
Modérateur
Modérateur
avatar


MessageSujet: Re: Mon bouquin   Sam 27 Avr 2013 - 20:45

Merci les filles ! L'ayant relu je trouvais ça un peu enfantin sur les bords dans la façon d'écrire, du coup vos commentaires me rassurent (oui je suis très mauvaise avec moi même )

Citation :
Il rentre en classe, jetant un coup d'oeil furtif à ses amis. Ils n'osent plus l'approcher, depuis que c'est arrivé. Sans doute parce qu'ils savent ce qu'il ressentait pour elle. Ressent toujours... Il les rejoint, en faisant mine de sourire.

- Salut Sam... Tu étais pas là à midi ?
- Nan... J'étais à... Enfin tu vois quoi...
- Oui. Et alors ?
- Rien. Toujours rien.

Tape sur l'épaule, amicale.

- T'inquiète pas. Ca finira par s'arranger !

Tentative de gentillesse. Hypocrisie. Qu'en sait-il ? Et si ça ne s'arrange pas ? Voilà que le jeu le poursuit à présent. La cloche sonne et le sort de ses pensées. Les cours, au moins ça pour lui changer les idées. Il n'a plus que ça en réalité...

- Je suis rentré !

Cri par habitude. Plus personne ne l'attend... Il se dirige rapidement vers sa chambre à elle, et ouvre la cage du petit rongeur. Ebocrombi sort lentement la tête de son nid et remonte le long du bras du jeune homme. Ebocrombi, le rat de Andy. La seule chose encore vivante qui lui appartient et qu'il peut toucher. Il enfouit sa tête dans le pelage du petit animal, avant de le poser sur le lit.

- Elle te manque, à toi aussi, pas vrai ?

Aucune réponse. Comment le pourrait-il ? Dans un soupir, Sam ouvre le coffret à bijoux posé sur le bureau, attrape le bracelet préféré de son âme. Un bracelet en argent, petite chaine aux grosses mailles, entravées de fruits de toutes sortes. Chaine créée spécialement pour elle. Par lui.

- C'est impossible... Cela ne doit pas finir ainsi...

Les larmes coulent et rebondissent. Il repose le bracelet violement sur le bureau, alors que l'un des cahier tombe derrière celui-ci. Il se penche en pestant, ramasse le petit livre, s'attarde un instant dessus. Ce n'est pas un livre de cours... Une petit serrure, gravée, bloque l'accès de ce qui semble être un journal. Intrigué, Samuel tente un instant de l'ouvrir, avant de se mettre en quète de la clé.

"Quand je cache un truc, c'est même pas la peine de chercher, c'est introuvable.
- Ah ouais ? On parie ?
- Non je parie pas, à toi je le dis. Mes vrais secrets, ils sont cachés entre mon matelas et mon sommier.
- C'est pas mal comme cachette ! Maintenant, je saurais tout sur toi !
- Si je te l'ai dit, c'est parce que je te fais confiance. Si je les cache, c'est parce que c'est qu'à moi.
- Alors, je ne toucherai à rien, je te le promets..."

Cas de force majeur. Elle ne lui en voudrait pas. Il ramasse Ebocrombi, le pose sur son épaule, avant de soulever le lit. Une vieille planche à dessin. Il l'ouvre, tombe sur des photos, elle et lui, lui, lui, Ebocrombi, ses parents, un bébé, elle et lui. Une clé. Il la glisse dans l'ouverture, sourit en entendant le déclic. Ouvre les pages avec douceur.

Je m'appelle Andrea Jonns. J'ai un nom de mec, un nom à chier. Je suis une fille chiante. Et ma vie m'appartient.

Ceci est mon journal...

Sam referme le livre d'un coup sec. Il ne peut pas. Il n'a pas le droit. Soupirant, il repose avec douceur le rat dans sa cage, avant d'attraper ses clés et de sortir.

La chambre vient d'être nettoyée, tout ce blanc qu'il a toujours haït, et qui pourtant le suit jusqu'ici. Tout ce blanc, cette absence de couleur, qui invariablement le reconduit vers la mort. L'absence de joie, l'absence de vie. Andy, si elle était réveillée, aurait contrastée avec ce blanc. Mais aujourd'hui, la belle Andy qui dort semble être dans son élément. Il s'approche doucement du lit, précautions inutiles destinées à ne pas la réveiller, et l'embrasse sur le front. 17 heures. Il est à l'heure, comme il le lui a promis. Comme d'habitude. Il s'assoit sur la chaise à côté de la jeune fille, et hésite un instant avant d'entamer la conversation.

- Salut, mon Andy... Tu me manques, tu sais ? Evidemment que tu le sais... Je m'occupe bien d'Ebo, ne t'en fais pas pour lui. Ne t'en fais pas pour moi, je tiens le coup aussi, même si c'est dur sans ta voix... C'est dur sans toi, tu sais ? J'ai trouvé ton journal, Andy, je l'ai ouvert. Ta cachette, tu te souviens ? Pardon d'avoir fouillé, mais tu vois, tu n'es pas là et j'ai besoin de t'avoir près de moi... Tu sais, comme on faisait avant, à tout se dire, avec le jeu du Si. J'ai besoin de te sentir rêver, de voir imaginer, de t'entendre. Mais je peux pas. Andy, je voudrais pouvoir lire ton journal. Et c'est injuste de te demander ça alors que tu ne peux pas répondre. Mais c'est un cas spécial, hein, mon Andy ? Ca ne compte pas, cette fois. Et puis je peux pas vivre si je te vois pas faire ce que tu faisais d'habitude. Tu sais ? Rire des gens, s'allonger sur le sable alors qu'il est brulant, et quand tu t'amusais à compter les étoiles. Et moi, je te suivais dans le jeu, Andy, je te suivais parce que c'était toi. Mais au fond, j'ai toujours voulu savoir pourquoi tu faisais ça. Et Si... Encore un jeu, Andy ? Et si tu étais là, aujourd'hui, si tu pouvais me répondre, je te le demanderais. Il y avait quoi derrière les nuages ? Et d'où tu viens ? Et pourquoi nous deux, c'est si différent des autres ? Tu savais répondre à ça, toi. Le seul moyen pour moi de connaitre les réponses, c'est de lire. De te lire. Andy, je sais que tu ne peux pas répondre, alors je ne te demande pas la permission, ça ne serait pas juste. Je veux juste que tu me pardonnes si tu n'es pas d'accord avec ce que je vais faire. Andy, je vais lire ton journal. Parce que là, j'ai besoin d'être égoiste, et de t'avoir avec moi, même si ce n'est qu'une image, même si en fait rien ne te remplace. Je t'aime et je te veux. Tu m'es inaccessible pour le moment. Mais toi qui m'a confié la cachette de tes secrets, je suppose que c'était pour ça. En cas d'urgence, pour que je sache où aller. Et je vais y aller, au plus profond de tes pensées, de tout ce que tu as ressenti, parce qu'apprendre ce que tu es, c'est la chose la plus importante à mes yeux.

Samuel reprend son souffle, dépose un regard sur la femme endormie. Pas un souffle différent du précédent. Il voulait, il aurait voulu, qu'elle réagisse. Qu'elle se relève, en l'insultant, en lui lançant qu'il avait pas intêret. Il l'aurait voulu. Qu'elle le largue parce qu'il avait fouillé dans la boite à secrets. Qu'elle se réveille. Juste qu'elle se réveille. Que tout soit enfin fini, que le cauchemar s'arrète. Un mot aurait suffi. A croire que les paroles d'amour murmurées lui sont impénétrables. Même les médecins ne savent pas si elle entend. Lui en est sûr. Elle ne peut que l'entendre, puisqu'ils s'aiment. Elle a toujours senti ce qu'il ressentait. Il aurait tellement voulu pouvoir faire de même pour elle. S'il avait pu...

- Andrea, je dois y aller. On a un devoir important demain, et les visites sont bientôt terminées. Tu veux que je te ramène quelque chose, demain ? Je t'amènerai ton bracelet, je suis sûr que ça te fera plaisir. Je t'aime, mon Amour.

Dernier baiser sur ses lèvres sèches. Dernier regard avant de fermer la porte.

Je m'appelle Andrea Jonns. Ma vie m'appartient.

Sam s'étire paresseusement sur sa chaise. Réviser ses cours lui est de plus en plus difficile depuis qu'elle n'est plus là, pour la simple et bonne raison que travailler seul n'a jamais été son fort. C'est d'ailleurs pour cela qu'Andy et lui avait décidé de s'installer ensemble. Avant que... Avant qu'ils ne soient plus que des amis. Quand ils avaient chacun leur chambre, et que rien n'était ambigüe. Quand ils dormaient chacun de leur côté, sans rejoindre l'autre au beau milieu de la nuit. Au moment où Andy le rejetait encore. A cette époque, la belle Andy ne travaillait jamais. Elle arrivait dans sa chambre, s'asseyait sur le bureau, le regardait en boudant, le suppliait de sortir. Et il cédait. Et il aimait ça.

Il se relève et retourne dans la chambre de la jeune fille, s'allonge sur son lit, et attrape le journal. La preuve de tout ce qu'elle a vécu, pensé. La preuve de sa vie. Tout ceci n'est pas qu'un rêve. Bruit d'une serrure, claquement rapide, feuilles que l'on tourne.

Je m'appelle Andrea Jonns. J'ai un nom de mec, un nom à chier. Je suis une fille chiante. Et ma vie m'appartient.

Ceci est mon journal...

Tous les jours, je descends rapidement les escaliers et marche vers le carrefour. A droite, le chemin qui mène au lycée. A gauche, le chemin qui mène à la gare. Et chaque matin, je reste une dizaine de minutes à hésiter sur le chemin à prendre. Si je me trompais, pour une fois ? Si je prenais à gauche ? Je pourrais manquer d'attention et prendre un train pour une destination lointaine, du genre... Je ne sais pas, ailleurs. Et tous les matins, Alice arrive en hurlant parce qu'elle est en retard, et me demande de me dépêcher, parce qu'on a pas le temps de rêvasser. Alice, ma voisine, mon amie d'enfance. Nous partons ensemble tous les matins. Ce qu'on peut dire d'elle ? Et bien, ce n'est pas pour rien que le dessin animé s'appelle "Alice au pays des merveilles". Curieuse et naïve, blonde aux yeux bleus, elle pourrait incarner sans problème son rôle et courir après le lapin blanc. Quand à moi, je serai plutôt la reine de cœur ou la chenille fumeuse de narguilé. Bien chiante, et avec l'envie de couper la tête à tout le monde.

Comme chaque matin, nous arrivons en retard. Et comme tous les matins, pendant que nous nous faisons faire un mot d'excuse, je pense à ma fameuse destination mystère qui m'enlèverait à cette vie que je déteste. Pas que je n'aime pas la vie. Disons plutôt que je vivrais mieux, loin de ma famille. Mes parents auraient voulu un garçon et me l'ont clairement fait comprendre, jusqu'au choix de mon prénom. Après, ils ont eu mon frère, mais je reste quand même loin derrière lui dans tout ce qu'ils décident.

J'adore mon frère et il me le rend bien. Il faut dire qu'avec moins d'un an d'écart, nous sommes très proches. Ma mère est tombée enceinte juste après avoir accouché de moi. Et elle était ravie d'avoir Théo. Nous avons grandis en faisant les mêmes bêtises, et il est le seul à qui j'ai tout confié.

Pour le reste de ma vie... Je pense que je fais partie de ces gens qui passent leur temps à rêver. De la vie future ou de celle qu'ils pourraient mener.

Mais moi, je sais qu'un jour viendra où je prendrais la route, quoiqu'il arrive, pour aller enfin vivre la vie dont je rêve.

Sam joue un instant avec la clé du journal, abasourdi par ces informations. Andrea a toujours affirmé avoir perdu toute sa famille lorsqu'elle était bébé. S'était elle inventé une vie qu'elle aurait dissimulé dans un journal, ou avait elle réellement une famille qu'il faudrait prévenir de son hospitalisation ?

Et leur vie à eux, l'avait elle inventé aussi ?

Sam passe de plus en plus de temps à l'hôpital. Il faut dire qu'il n'a pas osé poursuivre la lecture du journal. Chaque page est un interdit qu'il franchit avec difficulté, à cause de cette impression de trahison. Il la trahit à chaque mot qu'il lit sans son autorisation, et ça le tue. Il a mal de cette absence, mais pas assez pour aller contre la volonté d'Andy. Il ne peut pas faire ça, ça ne serait pas juste envers elle, lui qui lui a promis d'être toujours là, de ne jamais rien faire qui puisse nuire à celle qu'il aime. Alors il a choisit une autre voie, lire le journal, d'accord, mais petit à petit, et surtout près d'elle, lui dire tout ce qu'il ressent en échange. Un échange. Un secret contre un secret. Et à chaque page qu'il lit, il lui dévoile aussi une partie de sa vie. Tant pis si elle ne peut pas l'entendre, il est prêt à recommencer à son réveil. Un échange. Un échange de sa vie contre celle qu'il aime. Mais si seulement elle était là...

Il redresse la tête face au miroir de l'entrée. C'est Andy qui l'a choisit, mais le reflet qu'il lui renvoie le désespère. Un garçon brisé. Brisé d'amour. Brisé de son absence. Si seulement elle était là...

- Bon Dieu, mais qu'est ce que je suis devenu ?...

Andrea aurait détesté ça. Non. Andrea déteste ça. Andy, son Andy est toujours là. Pas de défaitisme.

- C'est juste du réalisme, pas du défaitisme. T'es vraiment pas assez terre à terre, Samuel.

Souvenir douloureux d'un passé proche où elle l'engueulait gentillement à propos de ça. Il tente de sourire face au miroir, qui ne lui renvoie qu'un soupçon d'hypocrisie. Pas la peine de faire semblant d'être heureux, il ne l'est pas. Tout ça ne semble qu'un rêve, dont il se réveillera pour se trouver face au visage d'Andy encore endormie. Elle se réveillera en lui demandant pourquoi il la regarde comme ça, il lui répondra qu'elle est magnifique, et elle soufflera comme si ces propos la dérangent, avant de venir se coller contre son torse nu. Mais tout ça n'est pas un rêve.

Il ouvre en grand la porte de la chambre d'hôpital, faisant une fois de plus mine de sourire.

- Bonjour mon Amour !!!

Il s'arrête net en tombant sur une jeune fille au chevet de la malade. Petite, brune, les cheveux courts.

- Qu'est ce que vous faites ici ?
- Je... Je suis bénévole à l'hôpital, je viens rendre visite aux gens seuls...
- Elle n'est pas seule, crache-t-il avec dédain.
- Oui, je... Désolée... Mais c'est... Non, je ne sais pas pourquoi je suis entrée... Pardon.

Il ne réplique rien, la laissant seule face à son désarroi. Il pourrait lui dire que ce n'est pas grave, que c'est gentil de sa part, mais non, aucun son ne sort de sa bouche alors qu'il lui montre la porte dans un geste plus que clair. Elle le regarde, tente de dire quelque chose, pour finalement abandonner et sortir. Samuel regrette déjà sa maladresse. La pauvre fille n'avait rien fait de plus qu'offrir un moment de joie à quelqu'un qu'elle pensait seul. Pourquoi l'a-t-il aussi mal pris ? Il s'assoit au bout du lit d'Andy, avant de lâcher, comme pour s'excuser :

- C'est vrai quoi... Je suis là tout le temps, on a besoin de personne d'autre si on est tous les deux.

La réponse s'impose d'elle même à lui. Non. Ils ne sont plus tous les deux. Il est seul, seul à l'aimer, attendant une réponse qui ne viendra jamais. Tout ça n'est qu'un rêve qu'il entretient seul. Et ça lui donne envie de pleurer.

- Pardon, ma Chérie...

Il l'embrasse doucement, tendrement. Pardon d'avoir pensé ça, il sait pourtant qu'elle l'aime aussi, promis, il n'abandonne pas, elle se réveillera et il sera là, même si ça doit prendre des années. Il la regarde avec douceur, avant de sortir le petit carnet de son sac et de s'allonger près d'elle.

- J'ai pas tout lu, Andy, j'ose pas. Et je suis pas sûr de bien comprendre aussi. C'est parce que tes parents ne t'aimaient pas que tu m'as dit qu'ils étaient morts ? Pourtant, ça me parait impossible que des parents n'aiment pas quelqu'un comme toi juste parce qu'ils auraient préféré un garçon. C'est incroyable de ne pas t'aimer. Mais ton frère, Théo, tu dis que vous vous adorez dedans, alors pourquoi tu ne m'en as jamais parlé ?

Il s'arrête un instant, comme écoutant attentivement ses mots qui ne viennent pas.

- Tu ne veux pas que je le prévienne ? Ça serait plus logique, non ? Il ne te manque pas ?

Soupirs, encore. Et juste sa respiration.

- Et moi, je te manque ?

Il voudrait un signe, tout, n'importe quoi. Quelque chose qui lui dirait que rien n'est terminé.

- Et cette Alice, c'était ton amie, non ? Tu l'as perdu de vue ? On a tous besoin de quelqu'un, j'aurai pu prévenir tes parents, si tu m'en avais parlé.

Mais si elle ne voulait pas, justement ? Ce n'est pas par hasard qu'il était le seul sur la liste des gens à prévenir en cas d'urgence. Ce n'était pas un hasard si elle ne lui avait parlé de personne. Ce n'était pas un hasard si il était le seul contact de son portable. Mais il l'aime, bon sang, il l'aime tant, il voudrait le meilleur pour elle, il voudrait échanger les rôles, il voudrait être dans le coma à sa place, il voudrait qu'elle vive encore.

Il l'aime tant...
Revenir en haut Aller en bas
Fofie
Chef
Chef
avatar


MessageSujet: Re: Mon bouquin   Sam 27 Avr 2013 - 21:10

Suspens... La suite, please !!
Revenir en haut Aller en bas
Pathéa
Surf sur le web
Surf sur le web
avatar


MessageSujet: Re: Mon bouquin   Sam 27 Avr 2013 - 21:34

Je trouve ça tellement magnifique... Ca pourrai être tiré d'une histoire vraie...
Je veux la suite !! x)
Revenir en haut Aller en bas
Cheyenne
S'envole avec ses posts
S'envole avec ses posts
avatar


MessageSujet: Re: Mon bouquin   Dim 28 Avr 2013 - 10:29

C'est bien écrit.
Après je n'aime pas les histoires très romantiques. Tu penses à travers la tête du garçon donc y'a pas de descriptions des lieux/de l'environnement/des personnages autour (mais pour les personnages j'imagine que ça vient petit à petit ). Je préfère la narration classique (donc moins basée sur le cerveau de quelqu'un, où on a bien la description de tout ce qui se passe autour), mais là je suis TOTALEMENT subjective. Ce sont mes goûts.
Ce que tu fais est original et je pense que ça peut donner quelque chose de pas mal
Revenir en haut Aller en bas
Reubeuh
Modérateur
Modérateur
avatar


MessageSujet: Re: Mon bouquin   Dim 28 Avr 2013 - 21:15

Cheyenne en fait je suis assez d'accord avec toi J'ai écrit ça il y a un moment et en relisant je trouve que ça manque de description... Du coup je vais essayer de le retaper un peu...

La suite :

Citation :
Sam sort en courant de l'hôpital, en s'essuyant les yeux. Il s'était promis de ne plus pleurer devant elle, mais le stress de ces derniers jours l'empêche de réfléchir. Il a commencé à chercher le numéro de téléphone des parents d'Andy, mais, après tout, ne connaissant même pas l'endroit où ils habitent, la tâche est particulièrement difficile. Il attrape de justesse le bus qui le conduit vers la faculté, et s'assoit auprès d'une petite brune plongée dans un livre presque plus gros qu'elle. Certain de l'avoir aperçu quelque part, il ne peut s'empêcher de la fixer. Elle finit par s'agiter, mal à l'aise.

- Vous êtes la fille de l'hôpital, non ?
- Je... Oui, je... C'est moi.
- Et que faites vous dans ce bus ?
- Je ne vous suis pas ! réplique-t-elle sur la défensive.

Il parait presque choqué du fait qu'elle pense ça. Ça ne lui était même pas venu à l'idée. Il rajoute ;

- Je sais bien que vous ne me suivez pas, c'est juste que ce bus va à la fac, et que je ne vous y ai jamais vu, rien de plus.
- Désolée...

Elle semble perdue, fatiguée, et Sam ne peut s'empêcher de faire le rapprochement avec la première fois qu'il a vu Andy. Dans une tentative d'approche, il lui tend amicalement la main.

- Moi, c'est Samuel. Je suis désolé pour la dernière fois, à l'hôpital, j'ai pas été sympa, j'étais un peu fatigué. Je pense que si tu vas aussi à la fac, on peut se tutoyer, non ?
- Moi, c'est Emily, répond-elle en souriant. Je pense en effet qu'on peut se tutoyer. Et... Pour l'hôpital... Euh, je... Enfin, désolée, et merci de t'excuser, mais c'est à moi de le faire... Je crois... Je t'ai fait de la peine, la dernière fois, non ?
- Tu prends toujours cet air désolé quand tu parles ? demande-t-il en riant.

Elle se stoppe aussitôt, ouvre et ferme la bouche plusieurs fois, avant d'abandonner et de replonger dans son livre. Sam sourit. Question timidité, cette fille pourrait gagner la médaille d'or de toutes les compétitions. Il abaisse gentillement le livre, avant de reprendre ;

- Je ne voulais pas te vexer. J'ai un humour un peu stupide, désolé. C'était gentil de ta part d'aller voir Andy, mais en ce qui la concerne, je suis plutôt possessif, et te voir près d'elle, je ne sais pas, sur le coup, ça m'a énervé. Andy, c'est ma copine, rajoute-t-il.
- Je sais.
- Comment tu sais ?

Elle expire, comme tentant de se calmer. Il reprend.

- C'est pas grave si tu bégayes quand tu m'expliques. Je veux dire, t'as le droit d'être timide, c'est pas pour ça que je vais pas t'écouter, te force pas pour moi...
- Merci... Je... En fait, j'ai changé de fac en cours d'année, et à la fac on parle beaucoup de votre couple, enfin... Andrea et Samuel, l'amour fou, la tragédie, tout ça. Et puis, tout le monde dit qu'Andy était magnifique, mais que tu étais le seul à la supporter. Et je... Etant bénévole dans les hôpitaux, enfin, dans mon ancienne ville, je faisais ça avec l'église, et en déménageant j'ai pas voulu arrêter... Bref, vu que j'étais sur place, j'ai voulu voir à quoi elle ressemblait, et puis prier pour elle... Voilà...

Samuel reste bouche bée un instant. Et dire qu'il l'a fait fuir, alors qu'elle voulait seulement donner de son temps à une malade...

- Je suis ignoble, hein ?!
- Tu ne savais pas, et puis je n'avais pas à rentrer... Pas sans ton autorisation.
- Si, c'était gentil de ta part. D'ailleurs, si tu es d'accord pour repasser, je te jure de ne pas crier sur toi.

Le bus s'ébranle et s'arrête. Elle lui sourit, et descend rapidement, avant de filer sans l'attendre. Il reste un instant à la regarder, puis prend la direction de son amphi, s'installe loin des autres. Quelques amis viennent furtivement lui serrer la main, sans pour autant tenter de lui parler. Bizarrement, en apprenant la nouvelle, il s'était dit que tout le monde serait au petits soins avec lui. En réalité, c'était tout le contraire. Depuis l'accident, personne ne lui parlait, sans doute parce qu'ils ne savaient pas comment lui remonter le moral. Ou alors, c'était juste qu'ils s'en moquaient. Sam ne savait pas vraiment comment réagir face à l'absence d'intérêt de ses amis pour le malheur qui le frappait. Il soupira, avant de sortir le journal de son sac. Les cours ne l'intéressaient plus. Il sent le siège à côté de lui s'abaisser, et lève les yeux pour tomber sur Emily.

- Je t'ai pas dit, on est dans la même classe... Sauf que après le jour où... Bref, l'hôpital, j'osais pas trop t'approcher, mais si t'es tout seul... Et vu que moi aussi... Enfin... Ça te gène si je m'installe là ?

Il sourit franchement, avant d'éclater de rire et de pousser ses affaires pour lui laisser la place. C'est la première fois qu'il rit aussi spontanément depuis longtemps. Elle regarde distraitement le peu d'affaire qu'il a sorti, avant de demander en montrant le journal ;

- Ça... Qu'est ce que c'est ?
- Un livre dans lequel j'espère trouver des réponses.
- Je suppose que ce n'est pas une Bible.
- Pas vraiment, non...
- Je te donnerai une photocopie du cours que tu ne vas pas prendre, alors ?
- Merci, Emily.

Elle acquiesce, comme si elle comprenait. Mais peut-être comprend-elle, au fond. Un dernier regard au professeur qui commence son cours, et Sam tourne la page sur la vie d'Andy, forçant un peu plus les barrières du secret.

J'ai discuté avec Alice de ma fuite, et vu ce qui s'est passé ses derniers jours, elle m'a couvert. Je suis dans le train en direction de... Je ne sais même plus. Je n'ai pas de billet et pense descendre à chaque fois que je me ferait jeter dehors.
Théo et moi avions toujours été proches, et, à vrai dire, c'était pour cette seule raison que je ne partais pas de chez moi. Mes parents m'ignoraient, faisaient tout sans moi, et seul Théo se préoccupait de me trouver une place dans cette famille. Il me couvait au lycée aussi. Beaucoup de gens détesteraient ça, mais je ne me voyais pas vivre sans. Et puis il y a eu l'histoire de Louis. C'est un pote à Théo, avec qui je suis sortie. Enfin, c'est un bien grand mot. Disons que j'en étais amoureuse, et, il y a quelques jours, il m'a embrassé. J'étais tellement heureuse, je me suis laissée faire, nous étions à la maison, Théo faisait la fête en bas avec ses amis, et il était monté pour me voir. Et puis nous sommes allés plus loin, je n'ai pas su, pas pu, pas voulu dire non.
Et c'était ma première fois. Le lendemain, il était parti, comme tous les autres, et quand j'en ai discuté avec Théo, à qui je dis tout, il m'a regardé l'air horrifié, et il m'a dit que Louis n'était pas le gars qu'il me fallait. C'est là que j'ai compris que je ne serais jamais avec lui, que je n'avais été qu'un coup d'un soir. Je me suis mise à pleurer, et Théo m'a dit que tous les garçons ne pensaient qu'à ça à cet âge. Tous, sauf lui, j'ai répondu. Mais lui aussi, malheureusement. Et nous nous sommes disputés pour ça, jusqu'à ce qu'il me dise qu'il en avait marre de me protéger, que je pouvais aussi me débrouiller toute seule. Ou plutôt, que je pourrais, si seulement je n'étais pas aussi empotée et accrochée à lui.
Après ça, je suis montée dans ma chambre, et j'ai commencé à faire mon sac. Il me demandait d'arrêter, de me calmer, et quand j'ai voulu sortir de la maison, il m'a giflé. Et bizarrement, ça a été le déclic. Je méritais la claque, on ne fugue pas pour une simple dispute, même si à ce moment là, j'étais triste et en colère. Ce que j'ai vu, c'est que je ne pourrais pas toujours compter sur lui. Alors j'ai décidé de m'éloigner, parce qu'en restant près de lui, je ne pourrais jamais changer. J'ai décidé de fuir ma vie d'avant, de partir.

Je descends du train et m'approche d'une cabine téléphonique, y introduit rapidement le peu de monnaie qu'il me reste et compose le numéro de chez moi.

- Allo ?
- Maman... C'est Andy.
- Andrea, quelle peur tu nous as fait ! Où es-tu ?
- Maman, je... Je suis désolée, je ne peux plus. Je veux vivre ailleurs. Vous aurez de mes nouvelles, ne t'inquiète pas, mais...
- Je ne m'inquiète pas, mais Théo était mort de trouille, je vais lui dire que tu vas bien, attends, je vais te le passer.

J'ai raccroché. Parler à Théo m'aurait fait rebrousser chemin. J'ai tiré un trait sur ma vie d'avant. Envoyé une lettre en expliquant où je me trouvais, à quel point j'étais désolée, et ce que je comptais faire de ma vie.

Désormais, je survivrais seule.

Le son qui sort de la bouche de Sam à ce moment là n'est plus qu'un hoquet. Emily sursaute et le regarde avec étonnement. Il fait rapidement signe qu'il va bien, avant de replonger dans la lecture.

Je descends du train sans trop savoir où je suis. A première vue, ça semble être une grande ville. Je jette un œil aux panneaux. Paris. Effectivement, c'est une grande ville. Mais en montant dans un train au hasard, j'avais plus de chances d'arriver là que dans un trou paumé. Les gens me jettent des regards étonnés, il est vrai qu'une jeune fille de mon âge qui traine dans une gare à cette heure de la journée est plutôt étonnant. Du haut de mes 17 ans, j'en fais à peine 15 et je sens que je risque gros à rester seule au milieu de la foule. J'attrape distraitement mon gros sac de toile avant de filer dans les rues, cherchant un endroit où me cacher. Quelques panneaux indiquent une université proche de l'endroit où je me trouve, et je me dirige rapidement vers le point de salut temporaire.

A peine arrivée que je me faufile dans l'amphithéâtre le plus proche, m'asseyant au fond sur les sièges qui grincent, sous les regards outrés des autres étudiants, avant de reprendre mon souffle en écoutant distraitement le cours. Il semble que je sois dans une école d'art, et personne n'est là pour rigoler. Seuls un petit groupe a l'air de bien s'amuser au premier rang. Ils discutent avec le prof sans vraiment se soucier du monde, et je sais directement que c'est auprès de ces gens qu'il va falloir que j'aille chercher la protection. Une sonnerie stridente retentit, alors que tous les étudiants rangent leurs affaires, sauf le fameux groupe. Je reste sans bouger, et ils se lèvent enfin, saluant le professeur d'un rire joyeux auquel il répond d'un sourire.

C'est en passant devant moi que l'un d'eux s'avance, baisse mon journal, que je tenais devant mes yeux pendant que j'écrivais, pour me demander d'une voix gaie :

- Tu restes là longtemps ?

J'acquiesce distraitement avant de remonter le cahier sur mon visage. Il le rebaisse en riant.

- Je vais pas te manger tu sais ! On va au restau, tu vas pas rester là jusqu'à cet aprem, si ? Viens donc avec nous !

Je me lève et les suis. La plupart me regardent sans rien dire, mais le garçon qui m'a abordé, qui semble être celui qui commande, me parle gentillement, comme tentant de me faire prendre part à leur conversation.

- Tu es nouvelle, c'est ça ? Ça se voit à ton sac, et si j'en crois ton air fatigué, tu t'es pas reposée depuis longtemps. T'as fugué ?

La question était si directe et franche que je reste bouche ouverte sans rien dire.

- Ça arrive tout le temps, t'as pas à t'en faire. Les parents refusent le fait que l'enfant aille à l'école d'art, et tu fugues parce que tu te dis que t'y arriveras seul. Par contre faut que tu te bouges de t'inscrire, y'a les partielles bientôt. Tu voudras mes cours ?
- Pourquoi tu me les donnerais ?
- Je sais pas. T'es jolie, dit-il comme si ça expliquait tout.

Il est plutôt grand, surtout par rapport à moi. Il doit avoir la petite vingtaine, ses cheveux sont très noirs, et ses yeux sombres aussi. Il a une coupe un peu androgyne, légèrement trop longue. Qui mériterait un retour chez le coiffeur. Malgré tout, il garde une certaine classe. Il dépose un plateau pour moi en entrant dans le restaurant universitaire. J'appréhende le moment où je vais devoir payer, mais il passe avant moi et sourit en montrant mon plateau à la caisse.

- Tu mets celui là sur mon compte aussi.

Il fait ensuite la bise à la caissière. Il a l'air d'être apprécié de tous ici, et je ne comprends pas ce qu'il fait avec moi. Je n'ose pas lui poser la question, de peur de perdre d'un coup toutes les faveurs accordées. J'ai peur de voir ce pourquoi il fait ça. La drague ? Juste la gentillesse ?

- Pourquoi tu fais tout ça pour moi ?

Trop tard, la question est sortie. Ses potes s'esclaffent, mais lui me regarde très sérieusement, avant de me lancer :

- T'inquiètes pas, tu comprendras un jour.

Sam referme le livre en entendant la sonnerie stridente. Il reste un instant sans bouger, auprès d'Emily hésitante. Puis, il jette un œil au groupe d'étudiants heureux qui discute gaiement avec le prof, et dont il faisait autrefois partie. Pourquoi il a fait ça ? C'est simple, il pensait qu'elle aurait compris.

Dès le premier coup d'œil, il en était tombé amoureux.

- On s'en va.

Emily le regarde, étonnée, avant de le suivre timidement. Ça lui fait peur de le voir ainsi, renfermé et si seul. Il prend le chemin de la cafétéria, avant de poser distraitement une assiette sur son plateau, et de passer devant la caissière sans un mot, sans un sourire. Elle passe juste derrière lui et tend sa carte en murmurant un faible :

- Désolée...
- Ne t'inquiètes pas, tout le monde sait ce qui lui arrive, et on ne peut pas lui en vouloir de se renfermer. Cette fille était toute sa vie.

La femme lui sourit, et Emily s'avance vers la table de Sam. Il pousse ses affaires et elle s'assoit sans un mot, attendant qu'il parle le premier. Mais il ne parle pas.
- Sam...
- Mmmmh ?
- Dis, tu ne veux pas me raconter pourquoi t'es aussi malheureux ? Je sais bien que toi et moi on se connait à peine, mais t'avais l'air d'aller ce matin... Et maintenant tu es triste, ça se voit. C'est ce que tu as lu pendant le cours ?

Il la regarde, embarrassé. Comme s'il était possible d'expliquer ce qu'il ressent en ce moment présent. Comme si c'était facile de dire qu'en voyant la salle tout à l'heure, à la sortie, avec les étudiants heureux, il s'est senti aussi perdu qu'elle avait dû l'être le premier jour. Mais Andy l'avait, lui. Et lui n'a personne. Personne n'est venu le voir à la fin du cours, en l'invitant à manger. Personne ne l'a rassuré. Personne ne le rassure plus et il est terrorisé. Lui qui avait tellement de facilité à approcher les gens, à se faire des amis, voilà qu'il est devenu un enfant apeuré qui ne veut pas se retrouver seul. Il pourrait, évidemment, recommencer sa vie d'avant. Mais qu'est ce que la vie si Andy n'est pas à ses côtés ?

- Je crois que j'ai juste mal de la savoir si loin de moi.
- Je comprends...
- Non, tu ne comprends pas. Personne ne peut comprendre. Je ne veux pas que les gens comprennent, c'était notre histoire, c'était hors du commun, personne ne pouvait y toucher, personne ne peut ressentir la même chose parce qu'elle et moi c'est différent. Et personne n'a le droit d'entrer dans ce monde qu'on vivait à deux. Et je n'ai pas le droit d'en sortir, je dois l'attendre, elle sans moi ce n'est pas possible, et je ne veux pas changer.

Il garde cet air absent en récitant tout ça, et Emily le regarde gênée. Elle n'a pas le droit de comprendre, parce que ça leur appartient, à eux et à eux seuls.

- Je ne veux pas changer. Je veux que quand elle se réveille, elle retrouve le même qu'avant, et comme ça on continuera là où on s'était arrêté.
- Mais tu es malheureux Samuel. Et je ne pense pas qu'Andy aurait voulu ça.
- Andy n'aurait pas voulu être dans le coma.
- On ne contrôle pas tout. Mais ce qu'on peut modifier, on doit le faire. Surtout si c'est mieux pour tout le monde.

Il relève la tête et fait face à une gamine déterminée. Elle pense connaitre la vie, elle la connait sans doute mieux que lui, parce qu'elle vit pour les autres et qu'elle a dû voir beaucoup plus.

- Rien ne t'empêche de l'attendre, mais tu dois avancer aussi. Tu ne dois pas mourir pendant qu'elle dort, parce que le jour où elle se réveillera, elle sera malheureuse de te voir comme ça.
- Quand elle se réveillera, je changerai. Je redeviendrais comme avant.
- Alors habitue-toi à le faire maintenant. Parce que c'est ce qu'elle voudrait.
- Tu ne la connais même pas, siffle-t-il entre ses dents.
- Non, mais je vois quand les gens sont malheureux. Et tu t'infliges ton propre malheur. Plus personne n'ose t'approcher, et tu surmontes ça tout seul, et c'est triste. J'ai de la peine rien qu'à te voir dans cet état.
- Pardon.

Elle baisse les yeux, honteuse. Voilà qu'elle se permet de juger quelqu'un qui souffre, et ça lui fait mal. Ça leur fait mal. Elle reprend, calmée.

- C'est moi qui m'excuse. Je n'ai pas à te parler comme ça. Si tu veux parler, tu sais où me trouver.

Elle se relève, et ramène son plateau. Il la suit, et prend ensuite le chemin inverse. Il a une visite à faire à l'hôpital.

Il entre dans la chambre, et fait face, seul une fois de plus, au silence. Il a mal de l'absence, et mal du manque. Comme une drogue dont il n'aurait pas sa dose, et c'est horriblement douloureux. Il la regarde, perdu dans ses pensées, caressant distraitement ses cheveux roux. Un beau roux bien sombre, dans lequel il aimait fondre ses doigts. Sa main passe lentement le long de la mâchoire d'Andy, jusqu'à ce qu'il se laisse tomber sur le lit, en larmes.

- Pardon Andy... Pardon... Tout ça c'est de ma faute, j'aurai dû être là, j'aurai dû écouter ce que tu avais à dire... Andy, je t'aime tellement, si c'était à refaire, mon Dieu, si c'était à refaire... Je t'en supplie, j'ai besoin d'une autre chance Andy, tu es toute ma vie, comment je pourrais faire pour continuer sans toi ?

Ses épaules tressaillent alors que sa voix se perd, ses doigts toujours fortement serrés sur le poignet d'Andrea. Rien n'aurait dû les séparer. Il glisse sa main dans sa poche, avant d'en ressortir la chaine qu'il enroule tendrement, glissant les attaches avec amour. Rien n'aurait dû entraver leur bonheur. Ils étaient deux, et ça leur suffisait tellement... Il aurait voulu, de tout cœur, il a besoin d'elle. Car c'est à deux qu'ils avancent, et c'est à deux qu'ils avanceront. Rien ne changera en l'attendant. Il l'embrasse son front, ses joues, ses lèvres, pauvre poupée bien pâle qu'il idolâtre. Puis sort, derniers regards en arrière, avant de lancer gentillement ;

- Andy, je commence les recherches sur ta famille. Je retrouverai Théo. Je retrouverai ton frère, je le jure.

Ses pas le mènent rapidement chez eux, alors qu'il rentre sans un bruit, essuyant ses dernières larmes. Il se glisse rapidement dans la chambre de celle qu'il aime, et ouvre la cage du rat, avant de se rendre dans sa chambre, pour rechercher son ordinateur portable, allant s'assoir sur le lit d'Andy. Depuis combien de temps n'a-t-il pas dormi dans sa chambre, cherchant à recréer des souvenirs d'elle grâce à son odeur ? Depuis combien de temps dort-il avec l'un de ses tee-shirt serré contre lui, comme un gamin perdu ? Il ne compte même plus. Face à l'absence de mouvements dans la cage d'Ebo, il finit par s'avancer et tapoter la maison de ce dernier. Pris d'une peur panique, il ouvre la maison, déboitant chaque petit morceau de plastique protégeant encore la petite bête. Et toujours pas un mouvement, toujours pas de chaleur, toujours cette immobilité. Il l'attrape, le serre contre lui, plus fort, le réchauffant, sans comprendre pour autant que l'animal ne se réveillera plus jamais.

- Ebo, non... Ebo, pour Andy, il faut que tu sois là à son retour, Ebocrombi, réveille toi, tu n'as pas le droit de mourir, tu ne dois pas mourir, tu ne peux pas être mort...

Pris d'un soudain haut le cœur, il se penche et vide son estomac, avant de fondre en larmes à nouveau. Il n'avait pas le droit de mourir. Il n'a pas le droit, par sa mort, de tirer un trait sur la vie d'Andy. Rien ne devait changer. Sam se relève, encore tremblant, avant de sortir en trombe de l'appartement, le petit rat froid dans les bras.

« Je veux un animal.
- Andy, on vient d'emménager, tu ne vas pas commencer à prendre un chien. Et puis, je n'aime pas les chiens.
- Qui a parlé de chien ? Je veux un animal. On a tous droit à une deuxième chance, alors je vais aller chercher un rat à la SPA.
- Un rat ? Tu es sûre ?
- C'est super intelligent un rat.
- Déjà que ça vit pas longtemps, si tu en prends un à la SPA, il va mourir avant que tu puisses en profiter.
- Je ne te demande pas ton avis. Je te propose juste de m'accompagner.
- Tu sais parfaitement que je ne peux pas te dire non. C'est injuste. »

Souvenirs lointains où ils riaient. Souvenirs douloureux. Sam s'écroule en bas des escaliers. Il est seul. Il voudrait ne pas l'être. Il relève la tête, avant de s'enfoncer dans les rues.

Il n'est pas seul. Il a quelqu'un à qui parler.

Il court, plus vite que ce qu'il pensait pouvoir. S'avançant de plus en plus vers l'université. La pluie a commencé à tomber, et il n'a même pas pensé à prendre le bus. Sam est perdu. Le rat toujours callé dans ses bras, il continue sa course, ne sentant plus le point de côté qui le tiraille, finissant enfin par arriver aux grands bâtiments de cité universitaire. Il grimpe rapidement les trois étages, s'arrêtant devant la porte 34. Celle d'Emily. Heureusement qu'elle lui a donné l'adresse, elle a dû se douter qu'il aurait besoin d'elle. Non, comment aurait-elle pu ? C'est simplement une fille qui vit pour les autres, voilà tout. Elle n'a pas hésité à donner de son temps et de sa liberté à un gars comme lui qui l'envoie balader toutes les cinq minutes. Il hésite à taper, se reprenant. Et si elle était fâchée pour la dispute de ce midi ? Non, elle lui a dit qu'il pouvait venir lui parler s'il en avait envie. Timidement, il frappe. Un bruit de chaise derrière la porte, et la petite brune lui ouvre.

- Sam ? Bon Dieu, tu es trempé, qu'est ce que tu fais là ?

Il ne répond rien, elle n'attend pas de réponse, l'entrainant à sa suite dans la petite chambre universitaire, le faisant assoir sur le canapé. Il se relève aussitôt, ses habits sont mouillés. Emily revient avec deux serviettes, en place une sur ses cheveux, et une sur ses épaules. Elle finit enfin par regarder ses bras, et murmure, étonnée ;

- Sam... C'est quoi ça ?
- Ebocrombi. Le rat d'Andy... Il... Il est mort. Il ne pouvait pas. Il n'avait pas le droit. Mon Andy aimait Ebo, il n'aurait pas dû mourir, il aurait dû l'attendre.

Emily soupire. Elle lui prend l'animal des mains, avec douceur, et part avec vers la cuisine. Il entend à peine ce qu'elle fait, alors qu'elle revient vers lui, et lui relève timidement la tête, lui tendant une boîte de Nesquik, ainsi qu'un bol et du lait.

- Tu le veux chaud ou froid ?
- Où est Ebo ?
- Tu vides ce qu'il reste de Nesquik, on le mettra dedans après. C'est une belle tombe pour un rat.

Samuel sourit faiblement, avant d'obéir. En face de lui, la jeune fille s'assoit sur la chaise, sans un mot, semblant chercher quoi dire.

- Sam... Pourquoi tu es venu ici ?
- Tu avais dit que je pouvais.
- Oui, et je le confirme. Mais si tu ne me dis pas ce que tu as, comment veux-tu que je t'aide ?

Pas de réponse.

- Est-ce que tu veux que je t'aide, au moins ?
- Oui.
- Alors, dis moi comment. Donne-moi un indice en tous cas....

Le jeune homme fond en larmes alors qu'elle se lève et vient le prendre dans ses bras. Il pleure, il pleure la mort d'Ebo, il pleure l'absence d'Andy, il pleure sa solitude, sa différence, son amour, sa joie disparue, sa souffrance et bien d'autres choses qu'il est encore incapable d'identifier. Et elle, elle le laisse pleurer, elle le laisse abimer son canapé, elle le tient serré contre elle alors qu'il est en train de lui tremper son tee shirt, elle le laisse faire sans aucun reproche. Il finit par s'arrêter, et Emily lui relève le menton gentillement.

- Peut-être que tu peux me parler, non ?
- J'ai honte de ce que je dois dire.
- Tu peux toujours tenter.
- Tu vas me juger.

Elle le regarde gentillement.

- Tu crois vraiment qu'une fille qui consacre ses week-ends à aider des patients seuls à l'hôpital ira juger un ami ?
- Je suis ton ami ?
- Ne change pas de sujet, dit-elle en rougissant. Tu as besoin de parler, tu en as besoin depuis des mois, et je suis prête à t'écouter, pourquoi tu n'en profites pas ?
- Je ne sais pas par où commencer...
- Commence par le début.
- Il n'y a pas de début. Andy... Je l'ai aimé au premier regard, le genre de truc qu'on voit dans les films, tu comprends ? Elle était complètement perdue, elle avait l'air épuisée, et elle m'a attiré tout de suite. Pourtant, elle avait un sale caractère, elle faisait tout le temps la gueule.

Samuel sourit tristement, alors qu'Emily n'ose plus rien dire. Inconsciemment, elle sait qu'elle fait face à une déclaration douloureuse.

- J'aime Andy. J'aimerai toujours Andy. Et ce qui me tue, c'est que par une erreur, une simple erreur, je l'ai tuée.
- Qu'est ce que tu veux dire par là ? Ce n'est pas toi qui l'a tué Sam, comment tu aurais pu ?
- Elle faisait la gueule tout le temps. Moi ça me gênait pas, je prenais mon temps, je lui demandais ce qui allait pas, je restais près d'elle, elle finissait par m'en parler. Et y'a eu ce fameux jour, où on s'était à moitié disputés dans l'amphi, parce qu'elle ne voulait pas me dire ce qui allait pas. Je me suis fait chopper par le prof, il m'a hurlé dessus, il m'a donné du travail à faire en plus, je suis rentré furieux et elle boudait toujours. J'étais en colère et je ne lui ai pas parlé, elle est sortie. Ce jour-là, l'hôpital m'a appelé. Elle venait de se faire renverser par une voiture en rentrant.

Les larmes coulent à présent librement sur les joues de Sam. Emily ne tarde pas à se joindre à lui. Elle sait d'avance comment se finit l'histoire.

- J'aurai pu juste prendre le temps ce jour-là. J'aurai dû. Juste la convaincre de me parler. Quand elle est rentrée, elle pleurait, et elle n'a pas vu la voiture. Elle allait revenir à la maison, un mètre et c'était bon. Un mètre de plus, quelques secondes, et elle aurait été dans l'appartement, dans mes bras. Ils ne m'ont rendu qu'une chose, à l'hôpital, une seule chose qu'elle avait sur elle.

Il reprend son souffle en essuyant les larmes qui coulent toujours plus vite.

- Un petit cahier. Avec une serrure. Son journal.

Emily parcourt avec entrain les derniers mètres qui la séparent de l'appartement de Samuel. Son cœur se serre au moment où elle traverse la route sur laquelle s'est passé le fameux accident, mais cette fois-ci, elle ne s'arrête pas. Elle a enfin une bonne nouvelle à annoncer à Sam, il n'est pas question de le faire attendre plus longtemps. Elle lance un grand sourire au concierge, avant d'appuyer rapidement sur le bouton d'appel de l'ascenseur. Cela fait deux semaines qu'Ebocrombi a quitté ce monde, deux semaines que Sam s'est confié, deux semaines qu'elle l'aide tant bien que mal à retrouver le passé d'Andrea. Plutôt mal que bien d'ailleurs, car ils ne connaissent rien, ni sa ville de naissance, ni l'ancien lieu d'habitation, ni le nom de ses parents. Ils ont bien pensé à chercher dans les annuaires, mais sans succès. Heureusement pour elle, Sam a l'air de vouloir reprendre sa vie en main. Elle sautille rapidement dans l'ascenseur, comme si cela pouvait lui permettre de monter plus vite, avant de se ruer à l'extérieur une fois l'appareil stabilisé au bon étage. Quelques coups rapides à la porte, et le jeune homme ouvre calmement alors qu'elle se jette à son cou.

- J'ai trouvé Sam !!! J'ai trouvé !!!
- Tu as trouvé la manière de me tuer ?
- Mais non, idiot ! Le numéro, j'ai le numéro de Théo Jonns.
- Comment tu as fait ?

Sam s'assit, ou plutôt se laissa tomber sur le canapé vers lequel la jeune fille l'avait entrainé.

- Et bien en fait, j'ai pensé... Enfin, comme on ne le trouvait pas dans l'annuaire, ils sont surement sur liste rouge, et je me suis dit, pour trouver faut aller là où les numéros ne sont pas protégés. Et à l'hôpital, tu sais, on demande pour les personnes à prévenir. C'était complètement fou, c'est même pas dit que ça soit le bon, mais il y a eu un Théo Jonns qui a été hospitalisé l'année dernière, pour un truc pas trop grave, un évanouissement, enfin bref il y a eu un numéro.
- Quelle ville ?
- Larmor. En Bretagne.

Le garçon enfonça son visage dans ses mains, pour cacher ses larmes. Emily se rapprocha doucement de lui, et, tendrement, passa ses doigts sous son menton.

- Sam, je ne comprends pas. Ce n'est pas ce que tu voulais ? Tu vas pouvoir parler avec Théo.
- Tellement de temps à chercher. Elle ne m'a jamais rien dit sur sa vie.
- Elle avait ses raisons, je suppose. Tu devrais appeler, vérifier qu'il s'agit bien de son frère. Samuel, tu ne dois pas affronter ça tout seul. Personne n'est prêt pour ça.
- Emy... Je dois dire quoi ? Je ne sais même pas si elle aurait voulu ça, je ne sais pas quoi dire à son frère, il ne l'a pas vu depuis plus de deux ans, qu'est ce que je dois faire ?
- Réagir, pour commencer. Quoiqu'il arrive, je suis avec toi. Extérioriser ta souffrance, la partager. Redonner de l'espoir à un frère qui n'a plus de nouvelles. Pour lui, Sam. Pour toi.

Elle lui tendit le téléphone, en murmurant ces derniers mots. Pour deux personnes qui aiment Andrea. Pour deux personnes qui souffrent. Il attrape le combiné, comme gêné, alors qu'elle s'éloigne sans rien dire. Il a le numéro dans les mains. C'est presque inconsciemment qu'il le compose, fébrilement, regrettant déjà. Deux sonneries. Une voix, calme, posée.

- Ouais ?
- Théo Jonns ?
- C'est moi, oui. Qui est à l'appareil ?
- Euh... On ne se connait pas... Je voulais juste... Peut-être souhaites-tu avoir des nouvelles d'Andrea ?
- Qui es-tu ? Son petit ami ?
- C'est assez compliqué...
- Elle sait que tu m'appelles ?
- Non, elle... Elle est à l'hôpital... Elle est dans le coma.

Silence. Plus que la respiration saccadée d'un frère brisé.

- Théo ?
- Quand ?
- Il y a quatre mois.
- Pourquoi seulement maintenant ?
- Je n'ai pas trouvé ton numéro avant Théo, je suis désolé. Ça fait seulement un mois que j'ai appris ton existence, elle me l'avait caché, j'ai trouvé ça dans son journal.
- Comment ?
- Je... Je suis désolé, il vaudrait mieux que tu viennes, non ?

Reniflement au bout de la ligne.

- Tu vis à Paris ?
- Oui, je te donne l'adresse ?
- Ouais... S'il te plait. Je prends un train maintenant, j'arrive dans la soirée, ça ne te gène pas ?
- Non, pas du tout, je peux t'héberger.
- C'est quoi ton nom ?
- Samuel. Samuel Herlis. Je viendrais te chercher à la gare. Tu arrives à quelle heure ?
- Attends. Il y a un train qui part dans dix minutes, je devrais arriver vers 18h. C'est bon pour toi ?
- Oui, parfait. A tout à l'heure.
- Samuel ?
- Oui ?
- Merci. Merci beaucoup.

Sonneries rapides. Samuel repose le combiné avant de se tourner vers Emily. Il se lève et vient se blottir dans ses bras, alors qu'elle lui caresse doucement le dos.

- J'ai brisé sa vie. En quelques secondes. J'ai brisé sa vie comme l'est la mienne.
- Tu te trompes. Il avait perdu une sœur, il la retrouve.
- Dans le coma.
- Ça reste de l'espoir. Elle n'est pas morte. Il sait où elle est.
- Je suis malheureux.

Elle n'a rien à répondre. Elle ne peut rien faire d'autre que d'être là, à lui offrir son amitié. Il finit par essuyer ses larmes, et reprend cet air réjoui qu'il affiche depuis quelques jours. Cet air qu'il prend pour la rassurer, lui promettre qu'il va bien, alors qu'en réalité il est tellement triste. Il ment, pour lui. Pour faire semblant de donner un sens à tout ça. Pour donner l'impression que tout va bien à présent, qu'il recommence à vivre. Tout ça juste pour pleurer ensuite, mais en cachette.

- Bon, je vais préparer la maison, si on a un invité ce soir.
- Sam...
- Ne t'inquiète pas, je vais très bien. Je vais m'occuper du repas, et puis j'irai prendre une douche, je bosserai un peu, j'irai chercher Théo, et on passera voir Andy. Ça va comme ça ?
- Ne te force pas avec moi Sam.
- Si je baisse les bras maintenant, je ne me relèverai pas. Je fais semblant mais ça me tient éveillé. Ne me dis pas que c'est un mensonge. Fais comme si tu y croyais.

Son cœur se serre. Elle a mal pour lui. Tellement de douleur qu'il garde ancré de peur de lâcher prise.

- Je te laisse alors ?
- Oui, ça ira. Merci pour tout Emy, ce n'est pas courant les gens qui font ce que tu as fait pour moi.
- Si j'ai pu t'aider...
- Plus que tu ne le crois.
- J'y vais alors.
- A demain Emily. Merci encore.

Il la raccompagne à la porte, dépose un rapide baiser sur sa joue. Elle redescend les escaliers, déçue. Elle pensait vraiment lui faire plaisir. Elle pensait que c'était ce qu'il attendait. En réalité, ce qu'il attend, c'est quelque chose à attendre. Il attend qu'elle se réveille, et tant qu'elle n'est pas réveillée, il se fixe des objectifs. S'occuper d'Ebo. Retrouver le numéro de Théo. Quel sera le prochain ? A chaque objectif, il s'offre un temps de répit durant lequel il vit. Mais il ne vit plus vraiment, tant qu'elle n'est pas là.

- Bordel, pourquoi c'est lui que j'aime ?

Pleurer. C'est la seule chose dont elle est capable. Elle aime Sam et Sam est pur. Il est amoureux d'Andy bien plus que ce qu'elle peut imaginer. Et elle respecte, que pourrait-elle faire d'autre, c'est tellement beau la façon dont il l'aime.

Et elle crie en silence, de douleur et de froid.
Revenir en haut Aller en bas
Fofie
Chef
Chef
avatar


MessageSujet: Re: Mon bouquin   Lun 29 Avr 2013 - 11:23

Pas mal Hop hop hop : la suite !
Revenir en haut Aller en bas
Éclipse
Poisson bulleur
Poisson bulleur
avatar


MessageSujet: Re: Mon bouquin   Lun 29 Avr 2013 - 11:44

J'adore.
Oui il n'y a pas beaucoup de descriptions et tout, mais c'est vite éclipsé par l'histoire en elle-même.
J'écris aussi des petits textes desfois, et ce que je trouve le plus dur à décrire c'est les sentiments, mais là c'est super.
Hâte de voir la suite
Revenir en haut Aller en bas
Happy-Friends
Concierge
Concierge
avatar


MessageSujet: Re: Mon bouquin   Lun 29 Avr 2013 - 13:37

J'adore
Revenir en haut Aller en bas
Pathéa
Surf sur le web
Surf sur le web
avatar


MessageSujet: Re: Mon bouquin   Lun 29 Avr 2013 - 17:14

Ca devient trop triste là
C'est génial !
Parfois on commence à se perdre un peu entre les récits de Sam et le journal intime. Mais franchement, je suis accroc !
Revenir en haut Aller en bas
Diamant
Prend le thé
Prend le thé
avatar


MessageSujet: Re: Mon bouquin   Lun 29 Avr 2013 - 18:07

C'est magnifique ce tu écris!
Revenir en haut Aller en bas
camille.G
Beau parleur
Beau parleur
avatar


MessageSujet: Re: Mon bouquin   Lun 29 Avr 2013 - 20:06

J'adore, hâte de lire la suite
Revenir en haut Aller en bas
Reubeuh
Modérateur
Modérateur
avatar


MessageSujet: Re: Mon bouquin   Dim 5 Mai 2013 - 16:23

Merci

Citation :
Samuel referme la porte avant d'aller s'effondrer sur le lit. Il n'a plus envie de rien. Il a retrouvé Théo, et alors ? Après tout, cela ne change rien. Parce qu'il ne vit plus sans elle, et il a beau se donner des buts à atteindre, ça ne lui suffit plus. Il a besoin d'elle, de son odeur, de sa présence.

- Qu'est ce que tu as fait de moi, Andy ? Regarde-moi, je suis pitoyable, je t'attends comme un gosse et rien ne se passe. Tu m'entends d'où tu es, Andy ? Et où es-tu d'ailleurs ? Encore ici, dans ton corps, à l'hôpital ? Ou déjà partie ?

Il s'en veut de penser ça. Il s'en veut de ne pas l'avoir retenue ce jour-là. Il s'en veut d'avoir été méchant avec Emily. Distraitement, il attrape son téléphone et pianote quelques instants, avant d'appuyer sur la touche d'envoi. Puis, lentement, comme terrifié à l'idée de ce qu'il pourrait y lire, il attrape à nouveau le journal. Il n'ose pas y toucher, mais il en a besoin. Et, tendrement, il tourne les pages, retrouvant en chaque mot cet amour qu'il lui manque pour vivre.

Il a tenté de me faire parler. Son nom, c'est Samuel. Sam, il a dit. J'ai vaguement annoncé que j'avais bel et bien fugué, sans donner pour autant le nom de la ville d'où je viens. Mon silence n'a pas l'air de le déranger. Je n'ai pas dit un mot sur mes parents, non plus. Juste, lorsqu'il m'a conseillé de les prévenir pour éviter que j'aie les flics au cul, j'ai répondu que je n'avais pas besoin, qu'ils étaient morts, et que les services sociaux se foutaient de l'endroit où je me trouvais. Il a eu l'air gêné un instant, puis a changé de sujet rapidement. Ce qui m'arrangeait pas mal, en soit. Voilà un point qu'il n'abordera plus pour éviter de me faire de la peine. Pour mon gros sac, il m'a dit de trouver un endroit où le planquer, et s'est arrangé avec ça. Je ne sais pas vraiment à quoi il joue, mais si ça l'amuse de s'occuper d'une gamine comme moi... Il m'a accompagné à la direction aussi, pour que je m'occupe des papiers. Ils sont d'accord pour tenir compte de mes examens dans cette fac si je passe le bac en candidate libre et que je l'obtiens. En gros, je dois bosser pour mon bac sans fouttre les pieds au lycée, et avoir mon année de fac en même temps, sachant que je n'ai assisté à aucun cours. Mais tout est bon à prendre pour recommencer ma vie. J'ai téléphoné à Théo tout à l'heure, j'ai juste laissé un message. Et je suis allée changer de portable, aussi. Enfin, de numéro. J'ai laissé mon abonnement et tous mes numéros pour récupérer un téléphone à carte, moins cher. Je crois que c'est tout.

Non, ce n'est pas tout. Là, je suis sur un banc, dans un parc à deux pas de l'université, à me demander où est ce que je vais bien pouvoir dormir. Mais pour ce qui est du reste, c'est réglé. Ma vie est réglée. Ma vie d'avant est derrière moi, ma nouvelle vie est devant, et cette fois-ci, je n'aurai besoin de personne. Il n'est pas question que je recommence les mêmes erreurs. Mes parents ne m'aiment pas ? Très bien. Ou tant pis. Je n'ai pas besoin de parents, je m'en sors plutôt bien pour le moment. Mon frère m'abandonne ? Non, ça, c'est faux. Je ne peux pas jeter la faute sur Théo, au fond, il a juste été un mec. C'est pitoyable de dire ça. Il a fait sa vie, et j'aurai dû faire la mienne, voilà tout. Mais je ne comprends pas pourquoi il s'est autant énervé à propos de Louis. Naïvement, je pensais qu'il allait le frapper pour m'avoir fait ça, alors qu'il a limite tenté de le protéger. Il n'aurait pas dû, c'est ça qui m'a fait le plus de peine. Pas la baffe, ça, je la méritais. Et puis Théo tient le rôle de paternel pour moi, donc c'est normal qu'il en ait aussi les mauvais côtés. Bref. J'ai faim et je ne sais toujours pas où je vais dormir, c'est vraiment minable. Je n'ai pas les moyens de payer un hôtel. Sam m'a donné son numéro, pour « tout et n'importe quoi, si tu as besoin, tu appelles ». Je ne sais même pas si j'en ai envie. Je peux me débrouiller seule, je crois. Où alors, juste pour cette fois. Je l'appelle ce soir et c'est tout. Je vais le faire chier, il ne voudra plus me voir, mais ça lui apprendra à filer son numéro à n'importe qui.

N'importe qui. Comme s'il avait pu penser ça en le lui laissant. Il se rappelait encore de cette conversation, avec Andrea qui ne disait rien et lui qui riait de son silence. A l'époque où il ne la connaissait pas encore. A l'époque où rien ne comptait plus que de la faire rire.

Il a répondu. Là, je suis chez un gars, je ne connais pas, il fait partie du « réseau », apparemment, c'est comme ça que ça s'appelle. En gros, les étudiants qui ont les moyens de se payer un appart le proposent comme lieu de squatte. Cinq euros la nuit pour ne pas finir dehors, choppé par les flics, c'est honnête, et ça leur permet d'arrondir leurs fins de mois. Sam m'a offert la nuit, à ce que j'ai compris, puisque le proprio de l'appart ne m'a rien demandé. Il faudra que je le remercie. Il revient de la salle de bain, d'ailleurs.

Sam sourit. Ce soir-là, en l'invitant, il avait espéré la mettre dans son lit, il faut bien l'avouer. Cependant, le fait de ne pas réussir ne l'avait pas gêné, bien au contraire. Cela n'avait rendu Andy que plus mystérieuse, pour son plus grand bonheur. Oui, une fois de plus, c'était un petit rien qui l'avait fait tomber éperdument amoureux d'elle.

- Ce n'est pas comme si tu m'avais aimé du premier coup toi aussi, hein ?

Il caresse doucement la couverture du cahier, comme s'il s'agissait de la jeune fille. Au fond, avec elle tout avait toujours été comme ça. Cette impression qu'il avait de l'aimer sans rien en retour. Mais il comprend, en fait. Si elle avait voulu se débarrasser de sa dépendance à Théo, il était logique qu'elle n'ait pas voulu s'en créer une nouvelle avec lui. Elle avait préféré s'éloigner, sans doute.

- Pourquoi tu n'es plus là, Andy ?

Il l'avait désiré, cette petite gamine perdue. Elle avait refusé, le traitant de tous les noms ce soir-là. Il n'avait pas lâché prise, elle avait fini par céder. Petits riens qui formaient sa vie. Car au fond, chacun des mots qu'ils s'étaient dit, chacun des choix qu'ils avaient fait les menaient à ce qu'ils étaient aujourd'hui. Car la vie n'est qu'un amoncellement de secondes qui amène à celle que l'on vit l'instant présent.

- Sauf que toi, tu n'es pas avec moi pour te poser ces questions existentielles.

Finalement, avoir appelé Théo n'était pas une mauvaise chose. Lui aussi, il aimait savoir qu'Andy, malgré son immobilité, était toujours en vie. Chaque jour était un espoir, la voir repartir à nouveau comme si rien ne s'était passé, pouvoir la sentir et lui parler. Il avait bien fait. Sam jette un œil à la petite horloge posée sur la table de nuit, avant de préparer son sac. Ce soir, il montrera à Théo sa sœur. Ce soir, il obtiendra des réponses sur la vie d'Andy. Ce soir, il ne sera plus seul pour veiller sur elle. La porte de l'appartement claque, et se referme dans un tour de clé alors que le brun descend rapidement les escaliers.

Dans le train, un jeune homme repose le magasine acheté rapidement à la gare. De toute façon, il n'est pas vraiment concentré sur ce qu'il lit. Il observe le paysage qui défile à la fenêtre, le rapprochant de la personne qu'il attendait depuis si longtemps. Il attrape le téléphone portable, murmure quelques mots pour lui-même, avant de laisser un message au numéro qui n'a pas daigné répondre. Habituellement, ça l'aurait agacé, mais aujourd'hui il sourit. Après tout, il va revoir l'être qui lui manque depuis deux ans.

Dans la résidence universitaire, une petite brune essuie rapidement ses larmes en entendant la sonnerie de son portable. Elle affiche le texto reçu, et sourit en lisant les quelques mots de son ami la remerciant pour tout, et annonçant la venue imminente de Théo, lui proposant de les rejoindre, invitation qu'elle refuse. Après tout, Sam a besoin de se retrouver seul avec le frère de sa petite amie. Elle décide rapidement du nouveau tournant de sa vie. Elle ne dira rien à personne, elle continuera d'aimer en silence, pour ne pas le blesser. Même si elle doit en crever.

Dans une chambre d'hôpital, une jeune fille à la peau bien pâle inspire un peu plus d'air que précédemment. Elle semble cligner des yeux au moment où sa courbe d'activité cérébrale subit un pic.

Avant de replonger au calme plat.

Il est blond. Blond plutôt foncé, tirant presque sur le châtain. Ses cheveux sont assez courts, dans une coupe déstructurée. Sa frange bien peu épaisse donne un aspect enfantin à sa coiffure. Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il fait bien plus jeune que son âge.

- Tu as 18 ans, c'est ça ?
- Presque, oui. Ca m'étonne qu'Andy ne t'ai jamais parlé de moi.
- Elle ne me parlait pas beaucoup de ce qu'elle avait vécu avant.
- Et tu as appris mon existence grâce à un journal, c'est ça ?
- Oui... Je suppose que je vais devoir te le donner...
- Non, sans façons, merci. J'aime ma sœur pour ce que je connais d'elle, je ne veux pas me mettre à lui en vouloir pour des choses qu'elle ne m'aurait pas dites.

Sam l'a reconnu tout de suite. Ce n'est pas qu'ils se ressemblent, c'est plus dans la façon de se comporter. Ils ont la même forme de visage, les mêmes yeux. Il est aussi beau que l'est Andy, dans un genre différent. Il fait jeune, et pourtant, il parait plus âgé qu'Andrea. Alors qu'il a un an de moins. Il semble bien plus calme qu'elle, plus posé. Il fait claquer sa langue en reposant la tasse de café, avant de se relever rapidement.

- Ca te gène si on va la voir ?
- Je comptais t'y emmener. Mais j'ai appelé l'hôpital, elle était en examens. Rien de grave, murmure-t-il en voyant Théo blanchir. Ce sont des examens de routine. Pour vérifier que l'état reste stable.
- Et on peut y aller quand ?
- Je pense que si on part maintenant on devrait pouvoir la voir quand elle aura fini.

Ils repartent ensemble, Sam déposant quelques pièces de pourboires, alors que Théo semble de plus en plus nerveux. Le trajet de bus se fait dans le silence, le blond triturant fébrilement ses mains. Il finit par se saisir de son portable, pianote rapidement sur les touches avant de porter le téléphone à son oreille. Sam l'entend pester contre le répondeur, avant de le voir débiter, d'une voix grave ;

- Chou, c'est moi. Je vais voir Andy là, je te rappelle après, on ne peut pas utilser les téléphones dans les hôpitaux. Si tu veux des nouvelles, rappelle-moi quand tu as le message.

Sam lui sourit gentillement alors qu'il raccroche.

- Ta copine ?
- Ouais, répond Théo dans un sourire discret. On est ensemble depuis près d'un an.
- C'est cool qu'elle soit proche de toi au point de s'inquiéter pour ta sœur.
- En fait, c'est plus une amie de ma sœur, au départ.
- Ah bon ?
- Andy et elle étaient très proches. Et ma sœur tentait de nous caser ensemble depuis un bon moment. Mais à l'époque, j'étais... Très con. Et pas intéressé. Quand Tomoe est partie, je me suis beaucoup rapproché d'elle, parce qu'elle était son amie. Je tentais de lui faire cracher le morceau, je m'en voulais à mort, et... Enfin, de fils en aiguille, on s'est découverts et j'ai fini par sortir avec.
- Tomoe ?
- C'est le surnom de ma sœur. C'est japonais. En gros, ça veut dire qu'elle était ma moitié comme j'étais la sienne, finit-il les larmes aux yeux.
- Pardon, je n'aurai pas dû poser la question.
- Au contraire, ça me fait du bien de pouvoir parler d'elle avec quelqu'un.
- Et ta copine, elle n'a jamais dit où était Andy ?
- Elle n'en savait rien, en réalité. J'étais persuadé du contraire, mais elle en savait aussi peu que moi.
- Tu ne parles pas de ta sœur avec tes parents ?
- On est arrivé, non ?

Théo descend rapidement du bus, sans répondre à la question posée. Sam le suit et le guide dans les couloirs de l'hôpital, jusqu'à la chambre de son amour. Lorsqu'il pousse la porte, ce jour-là, ce n'est pas lui qui entre le premier. Les quelques pas qui séparent Théo de sa sœur sont franchit instantanément, comme si ces deux là ne s'étaient jamais quittés. Le jeune homme ne prononce pas un mot. Il se contente d'attraper la main de sa sœur, de la serrer. Un sourire vient orner son visage au moment où il se penche pour embrasser son front. Sam reste en retrait. Pour la première fois depuis qu'il la connait, il a l'impression d'être en trop. Pour la première fois, il est jaloux de la relation qu'a pu avoir Andy avec quelqu'un d'autre. Car c'est bien plus que de l'amour qui se dégage de cette scène. On dirait que Théo rayonne. On dirait qu'il est heureux. Mais comment peut-il être heureux de la voir dans cet état ?

La réponse s'impose d'elle-même à Samuel. Il aime sa sœur et la voir en vie est bien plus important que l'état dans lequel il la retrouve. Car il la retrouve, et c'est le plus important. Timidement, lui qui se sent d'habitude chez lui, il vient s'assoir sur le siège en face du lit alors que le blond se cale contre sa sœur.

- Tu ne parles jamais d'elle avec tes parents ?
- Tu n'abandonnes pas, n'est ce pas ?
- Ce n'est pas dans mes habitudes.
- Je comprends pourquoi Andy t'aime, alors.

Cette simple phrase provoque des frissons au jeune homme. Théo est le frère d'Andy. Théo est le lien qu'il lui manquait pour retrouver les pensées de celle qu'il aime.

- Tu crois ?
- Je crois quoi ? Qu'elle t'aime ? Evidemment. Autant que tu l'aimes, et, crois moi, ça se voit comme le nez au milieu de la figure. Tu en doutes ?
- Je ne sais pas trop. Elle ne me confiait pas vraiment ce qu'elle ressentait pour moi. Sans doute qu'elle avait peur de s'attacher à quelqu'un qui risquerait de lui faire du mal.
- Pan, dans les dents. Belle attaque. C'est une manière détournée de me faire savoir que c'est de ma faute si elle est partie ? Parce que si c'est ça, je le sais, c'est bon.
- Excuse-moi, Théo...

Théo hausse les épaules. Il a l'habitude. Il a passé des mois à repasser la scène dans sa tête, avant de finalement accepter le fait qu'il n'était que l'élément déclencheur, mais pas la cause du mal être d'Andy.

- Ca va, c'est bon. Je me suis fait les mêmes reproches.
- Non, c'était bête, dans son journal, elle dit elle-même qu'elle ne t'en veut pas.
- C'est vrai ?
- En fait, la seule chose qui la gêne, c'est que tu aies tenté de protéger Louis après ce qu'il avait fait.

Théo soupire franchement, avant de se détacher d'Andy pour aller s'assoir près de Samuel.

- Ok. Je pense qu'il va falloir que je te raconte mon point de vue, que tu saches à quoi t'en tenir.

Sam ne peut s'empêcher de sourire.

- Je n'attendais que ça.

Ils sont assis, l'un à côté de l'autre. A les voir comme ça, on pourrait presque croire qu'ils sont amis depuis toujours, alors qu'ils ne se connaissent que depuis deux heures. Le blond s'est collé contre le mur, la tête penchée en arrière. On pourrait penser qu'il regarde le plafond, si ce n'est qu'il a les yeux fermés. Il semble réfléchir, reprendre sa respiration, décider de comment il va amorcer son histoire. Le brun, plus détendu, regarde ses chaussures. Il ne sait comment réchauffer l'ambiance, il ne veut pas perdre le seul avec qui il peut parler de cet être qui lui manque tant.

- Sam...
- Oui ?
- Ma sœur... Nos parents sont tellement étranges. Je ne sais même pas par où commencer.
- Commence par ce que tu veux, je me débrouillerais pour comprendre.
- Y'a rien à comprendre. Ce que j'ai fait à Andy, c'est mal, c'est vraiment mal.
- Tu ne veux pas expliquer ?
- Il faut remonter loin.
- J'ai tout mon temps.
- Andy... Andrea a été la première de nous deux. Moi dix mois après. Nos parents, ce sont des genres de hippies. Ils étaient persuadés de nous élever de manière parfaite. En soi, leur éducation n'est pas une mauvaise chose. Ils nous laissaient libres. On avait le droit à tout, dans le respect de soi et des autres. Au fond, si peu d'interdits, c'était pas mal. On faisait très peu de bêtises, ils ne s'occupaient pas de nos affaires, on les laissait tranquille. Le seul problème, en fait, c'est qu'Andy vivait très mal le fait qu'ils ne s'occupaient pas de nous. Moi, ça ne me gênait pas du tout. Elle, même petite, elle aurait eu besoin de leur attention.

Théo s'arrête un instant, cherchant ses mots.

- J'ai sauté une classe. Je me suis retrouvé avec Andy. On se ressemblait beaucoup, à l'époque, tout le monde croyait qu'on était jumeaux, on ne démentait pas. On a même fini par fêter nos anniversaires en même temps, à mi-chemin entre les vrais. Je m'occupais d'elle comme si j'avais été le plus vieux. J'adorais ça. Ma sœur toujours collée à moi, elle était tout pour moi. On ne s'est jamais disputés. Jamais vraiment. Evidemment, il y a eu des petits clashs, mais jamais rien de méchant. Et puis on a grandit, toujours collés l'un contre l'autre.

Théo a un faible sourire, avant de reprendre.

- Là, ça a commencé à dégénérer. Andy était légèrement agoraphobe. Moi, j'étais plutôt sociable, j'adorais les gens. J'ai fini par me créer une bande, laissant Andrea un peu de côté. Ca ne la gênait pas. De ce qu'elle me disait, en tous cas. Elle avait deux ou trois copines, et quand on était à la maison on recommençait à vivre l'un pour l'autre. Et puis, j'ai commencé à trainer avec des gars du genre tombeurs qui jouaient avec les filles. J'en ramenais jamais une seule à la maison, Andy n'était pas au courant. Je savais qu'elle en pinçait pour Louis, un des gars de ma bande. Je ne cherchais pas à les faire se croiser, pour éviter qu'elle souffre. Un jour, à force de jouer avec le feu, ils ont fini par le faire. Elle est venue le matin, toute fière de me dire qu'elle était grande, à présent, qu'elle l'avait fait. Moi, je savais que Louis ne lui adresserait plus la parole, j'ai voulu la mettre en garde. Un minimum. La prévenir, la ménager. Elle a compris toute seule, elle s'est mise à pleurer. Elle avait perdu quelque chose d'important cette nuit-là, à cause d'un salaud. Un mec comme j'étais devenu. J'étais le genre de gars capable de faire du mal à ma sœur, et ça m'a fait un coup. J'ai voulu défendre Louis comme si c'était moi qui venais de lui faire du mal. J'ai voulu m'excuser d'être comme lui. Mais je ne lui avais jamais rien dit. Comment aurait-elle pu comprendre que c'était de mon comportement que je m'excusais ?

Sam se rapproche de Théo et le prend dans ses bras. Ce n'est qu'une étreinte amicale pour un garçon qui, au fond, n'est pas encore vraiment adulte. Théo se laisse faire, il resserre même ses bras autour de Sam. Comme deux frères, frères de douleur, frères grâce à Andrea.

- Elle a fini par me dire ce qu'elle pensait. Qu'elle partait. Que, de toute façon, je ne l'aimais pas. Comment a-t-elle pu penser ça ? Moi qui l'aimais tellement... Moi qui aurais tout donné pour elle...
- Et tu l'as giflé.
- J'ai voulu la faire réagir. J'aurai voulu qu'elle me déteste pour quelque chose que j'avais fait, et pas juste parce qu'elle pensait que je ne l'aimais pas. Je n'ai pas réfléchis, ce n'était pas de la violence, je te jure, c'était de l'amour. Je voulais qu'elle ait mal autant que ce qu'elle m'avait blessé par ses paroles. J'aurais voulu qu'on se pardonne mutuellement. Qu'elle réagisse. Qu'elle sorte toute la colère qu'elle avait en elle, au lieu de fuir. Mais je l'ai abandonné, alors que c'était la dernière chose à faire. Comme mes parents. Comme Louis.
- Tes parents, ils ne s'inquiètent pas de ne plus avoir de nouvelles ?
- Si évidemment. Ils adorent Andy, contrairement à ce qu'elle pensait. Ma mère en était folle. Mais ils n'ont pas eu une vie facile, les grands parents étaient très stricts tu sais, je pense qu'ils ont voulu faire totalement l'inverse, pour que leurs enfants soient heureux. Ca n'a pas marché, mais leurs intentions étaient louables. Si tu savais comme ma mère a pleuré une fois qu'Andy a raccroché. Si tu les avais vus...
- Je ne doute pas de leurs sentiments pour vous.
- Dis, Sam, tu veux bien me dire un truc, toi aussi ?
- Ce que tu veux.
- Pourquoi ma sœur est dans le coma ?

Les yeux de Sam se voilent. Il a peur de la réaction de Théo. Après tout, c'était lui le plus proche d'Andy, le plus à-même de la protéger. Mais c'est Théo le frère protecteur. Il a peur de se faire jeter la pierre. Il s'en veut déjà tellement de ce qui se passe. Comment vivra-t-il si le frère d'Andrea, celui qui la connait le mieux, lui donne raison ?

- Samuel ?
- Désolé, je... On s'était un peu engueulé, elle et moi. Elle est sortie de l'appart et elle s'est faite renverser par une voiture.
- Engueulé ?
- Elle faisait la gueule, je venais de me faire chopper par le prof, je suis rentré sans lui adresser la parole. D'habitude, je ne lâchais pas l'affaire. Cette fois-ci, je ne lui ai pas parlé. C'était la fois où il aurait fallu.
- La vie, c'est souvent comme ça. C'est la faute à personne.
- Tu dis ça, mais ta sœur est dans le coma et je suis le seul qui aurait pu faire changer les choses.
- Le gars qui l'a renversé, tu sais qui c'est ?

Sam relève la tête. Il ne s'est jamais posé la question. Au procès, il n'a rien écouté, il était juste en larmes, persuadé d'être la cause de toute cette souffrance. Ce qui, entre parenthèse, lui a permis de gagner de quoi payer les soins nécessaires et la part d'Andy pour leur appartement. Mais l'homme qui a renversé celle qu'il aime, il ne se souvient plus de son nom.

- Je t'avoue que je n'ai jamais vraiment cherché à savoir. J'ai fini par admettre que tout était de ma faute, et pas de la sienne.
- Moi, c'est plutôt à lui que j'en veux. Il faudra que j'aille demander le rapport à la police.
- Tu comptes aller le voir ?
- Ouais. Mes parents aussi, sans doute.
- Je comprends. Ils viendront voir Andy ?
- Demain. A ce propos... Ca te gêne si je m'incruste chez toi ce soir ?
- Pas du tout, j'allais te le proposer.

Samuel dépose rapidement ses lèvres sur celles de son amante, avant de se retirer. Il se sent décidemment de trop, pour une fois. Et il sent bien que Théo a besoin de retrouver sa sœur. Il jette un coup d'œil derrière lui, pour voir le jeune homme murmurer à l'oreille d'Andrea des choses qu'il n'entend pas et qu'il ne saura jamais. Ils finissent par sortir, saluant au passage l'infirmière qui s'occupe de la jeune femme. Dans la chambre, les dernières lumières s'éteignent.

Dans le cœur des deux hommes, c'est de l'espoir qui se rallume.

Ils rentrent l'un après l'autre dans l'appartement, alors que Sam indique à son hôte la chambre dans laquelle il pourra dormir. Habituellement, il laisse sa chambre aux invités et va dormir dans celle d'Andy, mais aujourd'hui, et face à Théo, il ne peut faire autrement que le laisser pénétrer dans cet espace qu'il a clôt au monde. Parce qu'au fond, ça serait injuste de priver le jeune homme de la présence de sa sœur. Le blond remarque tout de suite l'état de gêne de Samuel, et se contente de murmurer :

- C'est la chambre de Tomoe, pas vrai ?
- On ne peut rien te cacher.
- Ca, c'est quoi ? demande-t-il en désignant la cage vide rangée dans un coin de la chambre.
- La cage de son rat. Il est mort il n'y a pas longtemps, je n'ai pas vraiment trouvé le temps d'aller la remettre à la cave.
- Dis plutôt que tu n'as pas envie.

Théo s'assoit sur le lit, et incite Sam à faire de même. Les deux jeunes se regardent, une fois de plus. Mais cette fois-ci, le brun sait que c'est à son tour de passer aux aveux.

- Pourquoi tu aimes ma sœur, Sam ?
- Je n'en sais rien. Je l'aime, c'est un fait. Expliquer clairement pourquoi, j'en suis incapable.
- Et c'est pour ça que tu as arrêté de vivre ?
- Toi aussi, non ?
- Non. Moi je vis. J'ai une petite amie, je sors, je m'amuse. Bien entendu, j'ai souffert, j'ai pleuré. Mais je ne me suis pas tué pour autant.
- Je ne suis pas mort.
- Sans vouloir t'offenser, tu n'es pas loin.

Le blond laisse courir ses doigts sur la guitare posée à côté du lit, et Samuel ne peut s'empêcher d'intervenir.

- C'est celle d'Andrea.
- Je me doute bien, si elle est dans sa chambre.
- Ce n'est pas ce que je veux dire.
- J'ai bien compris. Tu ne veux pas que j'y touche. Tu sais, ça se vois directement, à peine on rentre. Ca se sent. On voit tout de suite que tout est à sa place. Tu ne veux rien changer. Même la cage vide, par exemple.
- Tu essaies de faire quoi exactement ?
- Ta thérapie.
- Je n'ai pas besoin de ces conneries.
- Oh que si. Tu refuses de l'admettre, mais tu vis dans le passé. Et ce n'est pas bien.
- Tu as tourné la page, toi, quand elle est partie. Je ne trouve pas ça mieux. C'est lâche.
- Je n'ai pu faire que ça...

Théo essuie discrètement ses yeux, avant de reprendre ;

- Je t'ai menti, Sam. Ma petite amie savait parfaitement où était Andrea, elles s'étaient appelées, Tomoe lui avait donné de ses nouvelles, au départ. Elle a finit par me l'avouer, quand elles ont commencé à s'éloigner. Le jour où elle a compris qu'elle ne reviendrait pas. Je suis monté dans le premier train pour Paris. Je suis arrivé à la fac, je l'ai cherchée. Je m'attendais à la trouver, seule, isolée par sa timidité, ayant besoin de moi. Autant que j'avais besoin d'elle. Tomoe, tu vois, ce surnom, ça indique clairement qu'on est complet que si on est à deux. Et quand je l'ai vu, elle était avec toi. Elle souriait, elle était dans tes bras, et putain qu'est-ce qu'elle avait l'air heureuse... Je t'ai haït, Samuel, pour cet instant de bonheur entre vous que j'ai aperçu. Elle avait trouvé son paradis et je n'y étais pas.
- Et qu'est ce que tu as fait ensuite ?
- Ce dont elle avait besoin pour continuer de vivre. Je suis reparti.
- Elle a besoin de moi. Je ne l'abandonnerai pas. Je ne continuerai pas ma vie sans elle.
- C'est là où tu te trompes. Elle a besoin de toi, oui, comme elle a eu besoin de moi. Ca appartient au passé. Pour le moment, elle n'a besoin de personne, juste d'une machine qui lui permet de respirer.
- Mais comment tu peux dire ça ? hurle Samuel. Comment tu peux même oser sortir un truc pareil ?
- C'est facile. Je suis malheureux.
- Ca n'excuse pas tout.
- Ca excuse ta mort. Ca peut bien excuser ma méchanceté.

Samuel se radoucit. Il commence à comprendre que sous ses airs de gamin fier, Théo est perdu entre son amour pour sa sœur et sa jalousie. Il réalise qu'ils ne sont pas si différents, tous les deux. Peut-être est-ce pour cela qu'Andy s'est si vite confiée à lui. Peut-être avait-elle besoin de son frère, contrairement à ce qu'il pense.

- Andy t'aime.
- Je le sais. C'est ma sœur.
- Même en dehors de ça. Elle a besoin de toi autant que de moi. Elle a tenté de trouver avec moi la protection que tu lui apportais. Elle a eu quelque chose de différent, mais au départ c'était pour la protection qu'elle est venue.
- J'ai eu tellement peur qu'elle me déteste. Je pensais qu'elle était partie à cause de moi.
- Ce n'est pas le cas.
- Je le sais aujourd'hui. Samuel... Ne mets pas autant de temps que moi à te rendre compte que chaque jour de ta vie compte. Ne gâche pas tout en l'attendant, fais ton chemin, elle pourra rattraper en route. Mais ne reste pas à pleurer, crois-moi, ça n'en vaut pas la peine et elle s'en voudra pour rien.
- Tu me conseilles quoi ?
- Vivre.

Un léger haussement d'épaule accueille sa réponse. Mais il vit. Quelle évidence. Il respire, il avance, même s'il l'attend. Qu'est ce qu'il doit faire de plus ? Comme s'il lisait dans ses pensées, Théo reprend.

- Je ne parle pas de te trouver une autre petite amie, ni quoique ce soit du genre. Mais vis. Sors. Trouve toi des potes, ne reste pas enfermé dans cet appart ou à l'hôpital en attendant qu'elle bouge.
- Sans elle je ne suis rien.
- Si. Tu es un mec bien près à ouvrir son foyer à un gars qu'il n'a jamais vu.
- Tu es son frère, c'est le minimum que je puisse faire pour elle.
- Tu aurais aussi pu refuser. Tu es quelqu'un de profondément gentil. Attachant. Je pense que je ne suis pas le seul à le voir. Avant Andrea, tu étais qui ?
- Un grand baratineur qui foutait le bordel en cours.
- Tu étais heureux ?
- Oui... En un sens, mais je l'étais plus avec elle.
- Et maintenant, tu es heureux ?
- Non.
- Alors reprends ta vie là où elle s'est arrêtée. Elle reviendra près de toi quand il le faudra.
- Pourquoi tu me dis ça ?
- Parce que je connais ma sœur. Parce que j'ai mis du temps à voir l'essentiel.
- Parce que si je ne suis pas heureux, et que toi oui, tu passes pour le méchant qui a lâché sa sœur. Je vois clair dans ton jeu, Théo.
- C'est vrai aussi. Mais pas seulement. Tu devrais rencontrer Alice, elle t'expliquerait tout ça mieux que moi.
- Alice ? [Youhou !!! Pardon, celle là était bien faible XD]
- Oui, ma copine. Je ne t'avais pas dit son nom ? Attends, j'ai une photo, regarde.

Il sort son portable, faisant défiler rapidement les images de la galerie, pour finalement tendre l'appareil à Sam, qui s'en saisi. A l'écran s'affiche une fille à l'air sage, blonde aux grands yeux bleus.

Une fille qui aurait parfaitement pu tenir son rôle dans le pays des merveilles.

- Samuel ? Tu dors ?
- Mmmmoui... Laisse-moi tranquille Andy...
- Euh, Sam, c'est moi. C'est Théo.

Réveil difficile de l'amoureux déçu. En face de lui, un jeune homme assez désorienté, qui ne sait trop comment réagir.

- Qu'est ce qu'il t'arrive, Théo ?
- Je ne peux pas dormir dans la chambre de Tomoe... Je n'y arrive pas. Je n'arrête pas de repenser à tout ce qu'on a vécu elle et moi, ça fait mal.

Sans une once d'hésitation, Sam se relève et se dirige vers la chambre de sa bien-aimée. Il s'assoit sur le lit, suivi de Théo, et laisse sa tête aller contre le mur.

- Tu ne peux pas t'imaginer le nombre de nuits que j'ai passé sans dormir, au départ. Juste à me dire « quand elle se réveillera, elle commencera par faire ça ou ça ». Avec mon imagination, elle revivait. Chacun de ses gestes, je les connaissais par cœur. Chaque note qu'elle a jouée pour moi sur cette guitare, chaque caresse qu'elle prodiguait à Ebo. Tout ça, je le faisais à mon tour, pour ne pas qu'elle me quitte définitivement. Ce n'était qu'un rêve, j'attendais qu'il finisse.
- Et maintenant ?
- Maintenant, je sais que le rêve, ça a été la période où elle a été près de moi.

Un blanc. Espace immense du temps où tout semble suspendu, où on attend la suite.

- Je voudrais mourir pour la rejoindre.
- Ma sœur n'est pas morte.
- C'est bien le pire. Je ne sais plus où être pour l'avoir prêt de moi. L'attendre ici ? Mourir ? Dans les deux cas, elle ne sera pas là. Tomber dans le coma ? Et si l'un en sort avant l'autre ? Je suis perdu, je l'aime, et ça me tue. C'est anormal d'aimer à ce point.
- Non, c'est juste humain.
- Je voudrais être près d'elle...
- Ce n'est pas comme si la vie était facile, Sam. On a tous nos choix et nos batailles à mener.
- Ca devrait être moi qui te console. C'est toi, son petit frère, et c'est moi qui pleure.
- Je connaissais ma sœur mieux que quiconque. Sans vouloir te faire de peine, évidemment. Et je sais qu'elle n'aurait pas voulu que le monde s'arrête pour elle.
- Mais c'est trop dur sans elle.
- Tu n'es pas seul, Sam. Tu ne le seras jamais.

Mains qui se serrent. C'est dans l'adversité qu'on reconnait ses amis. Ils ont passé la nuit dans cette chambre si vide de celle qu'ils aiment à des degrés différents. Comme si tout ce qui suffisait en cet instant était de se rappeler le passé, eux qui tentent de vivre sans. Mais on n'échappe jamais à ça.

Oublier. Juste ignorer que demain viendront les visites plus nombreuses encore, de la part de la famille d'Andy. Ne pas penser aux regards que l'on devra affronter, aux souffrances auxquelles on fera face.

Je m'appelle Andy. Ce n'est pas comme si j'étais tombée amoureuse de lui du premier coup, ce crétin de Sam. Il a tenté de me séduire, l'imbécile. Mais j'ignore pourquoi je commence à l'apprécier plus que je ne le devrais. Je m'étais juré de ne plus jamais être accro à quelqu'un, mais je retombe, encore et encore.

Dis Maman, pourquoi on dit « tomber amoureuse » ? Tomber, ça fait mal.

Je ne suis pas amoureuse. Je suis juste un petit peu trop sensible à sa voix, à ses mains, à ces moments que l'on passe ensemble. Pas comme si son absence m'était insupportable, c'est juste que je préfère quand il est près de moi. Même la nuit... Voilà longtemps que je n'avais pas eu ce besoin de me coller à quelqu'un en m'endormant, mais avec lui... Tout est tellement différent. Et compliqué, en un sens.

Sam et moi avons décidé de prendre un appartement tous les deux, en collocation. Le squat chez les uns et les autres devient de plus en plus compliqué, et il nous manque malgré tout un endroit où se poser. Alors Samuel a demandé à un de ses oncles de nous trouver un truc pas cher. Nous l'avons visité cet après-midi, il est magnifique, je n'en reviens pas de pouvoir vivre dans un tel endroit en plein milieu de Paris pour aussi peu cher. Bon, il faut dire que nous avons une bourse tous les deux, et les allocations, et nous allons devoir trouver un travail. Mais quand même, quelle aubaine ! Nous emménageons demain, ce soir dernière nuit dans le réseau, avant de devenir des membres à part entière. Oui, car nous allons être obligés d'intégrer le réseau, vu le prix de l'appart. Mais on devrait s'en sortir, vu qu'il me l'a dit. Je lui fais confiance.

Samuel soupire en entendant la serrure de la salle de bain s'ouvrir, referme le journal et le pose sur le lit.

- Sam ? On y va ?

Il descend du lit, soupesant encore le pour et le contre. Voir les parents d'Andy... Pour dire quoi ? Que tout est de sa faute ? Non, tout simplement pour redonner l'espoir à une famille en deuil qui retrouve l'enfant manquant.

Il bute dans le pied du lit et sort en pestant devant Théo amusé. Sous le lit, le petit journal a glissé après le choc, ouvert au hasard.

Je suis sortie de la maison en courant, et je me suis assise dans le parc d'à côté. Tout à l'heure, il est rentré de son entretien avec le prof l'air furieux, il s'est pris une colle pour avoir parlé en cours un peu trop fort. C'est parce que je ne voulais pas lui dire ce qui me tracassait. Mais en arrivant, il n'a même pas cherché à me faire parler plus, il ne m'a pas reposé la question. J'étais pourtant prête à lui dire, cette fois. A croire que sa punition est plus importante que moi, et qu'il me fait la gueule. A croire que tout ce qu'il me dit n'est qu'un putain de mensonge, qu'il ne m'aime pas autant. Je dis ça mais je regrette déjà de l'avoir noté. Je sais qu'il m'aime plus que tout.

C'est juste moi qui ai du mal à lui avouer que je suis enceinte de lui.
Revenir en haut Aller en bas
Jully
Fondatrice
Fondatrice
avatar


MessageSujet: Re: Mon bouquin   Lun 6 Mai 2013 - 13:29

Haa je suis à la traine, je n'ai pas encore pris le temps de le lire.

Je vais me faire un bloc note pour y penser.

En tout cas je t'envie, j'adorerais savoir "écrire".
Revenir en haut Aller en bas
Éclipse
Poisson bulleur
Poisson bulleur
avatar


MessageSujet: Re: Mon bouquin   Mar 11 Juin 2013 - 22:08

Waouh, la fin [ enfin la fin de ce que tu as posté pour le moment ] est énorme. Tu postes bientot la suite ?
Revenir en haut Aller en bas
Blueberry
Membre VIP
Membre VIP
avatar


MessageSujet: Re: Mon bouquin   Mar 11 Juin 2013 - 22:33

et la suite elle es ou?????
j'avais pas vue, mais je suis heureuse d'être passer par la..
ton histoire ma fais passer par toute sorte d'émotions, mais la plus forte et l'amour qu'il ressent et la tristesse, j'ai pleurée
Revenir en haut Aller en bas
Coclae
Animateur
Animateur
avatar


MessageSujet: Re: Mon bouquin   Mer 12 Juin 2013 - 0:55

je viens de passer la soirée a lire la totalité de ce que tu as posté (merde il est 00h52 et je bosse demain ... --' ). Et seulement quelques mots a dire:


ELLE EST OU LA SUITE ?????????? JE VEUX SAVOIR !!!!!! C'est trop bien ton histoire (même si c'est trop triste).



ps: L'absence de "détails" sur le "autour", n'est pour moi pas du tout le bienvenue, dans le sens ou l'on vit l'histoire dans sa tête, et que dans sa tête c'est Andy, et non la couleur du papier peint ... Tu as mis du détail (la guitare, le rat, la cage, le lit, l’hôpital tout blanc, ...), il est apprécié, mais ce n'est pas nécessaire d'en rajouter.
Revenir en haut Aller en bas
Fofie
Chef
Chef
avatar


MessageSujet: Re: Mon bouquin   Mer 12 Juin 2013 - 7:43

Oh je ne l'avais lu qu'à moitié et j'avais zappé... La suiiiiiiiite !??
Revenir en haut Aller en bas
Blueberry
Membre VIP
Membre VIP
avatar


MessageSujet: Re: Mon bouquin   Mer 12 Juin 2013 - 19:46

ben ouais et la suite??? ton histoire ma ''hantée'' toute la journée
Revenir en haut Aller en bas
Reubeuh
Modérateur
Modérateur
avatar


MessageSujet: Re: Mon bouquin   Mar 6 Aoû 2013 - 23:45

Mince désolée les filles j'avais pas vu vos demandes !

Malheureusement j'ai presque fini de vous donner ce que j'ai écrit...

Citation :
Sam n'a plus envie de rien. Au milieu de la gare, retenu par Théo, il hésite entre s'enfuir ou se jeter sous les rails. Accueillir les parents de la fille qu'il aime... Déjà, ce n'est pas facile pour un garçon, mais lui... Il les croyait morts, et voilà qu'il les rencontre dans la situation la plus dure qu'il soit. Théo se fige juste un instant avant de s'avancer vers un couple, laissant Samuel sur le quai. Partir maintenant ? Ce serait possible, pourtant il n'ose pas, face au regard si doux de la mère d'Andrea. Un regard vert, une peau extrêmement pâle, des cheveux noirs et une grâce incomparable. L'homme a l'air plus réticent. Les cheveux roux, très sombres, les yeux gris, un visage dur. Andrea a la grâce, la douceur et la peau blanche de sa mère, les yeux et les cheveux de son père. Elle ressemble bien plus à ses parents que Théo.

Les voilà qui s'avancent, suivis d'une jeune fille blonde aux cheveux très longs. Et s'il faisait un effort ? Pas grand-chose, juste leur montrer leur enfant, sa vie, ses rêves. Leur offrir un peu de son Andy, qu'il a gardé pour lui seul depuis si longtemps. Leur donner... Quoi ? Leurs souvenirs ? Ils n'y comprendraient rien et pourtant il voudrait leur faire partager.

Regardez moi, votre fille m'a choisit. Elle m'aimait, elle m'aime, je l'aime plus que tout et je ne veux jamais la perdre, pourtant par ma faute elle n'est plus là. Vous avancez. Que puis-je vous dire ? Pardon de l'avoir perdue, ou merci de me l'avoir donnée ?

Il n'a besoin de rien dire. La femme s'avance et aussitôt le serre dans ses bras.

- Merci.
- C'est vous et le ciel que je dois remercier. Merci de me l'avoir confié si longtemps, c'est un cadeau dont j'ai été tellement fier... Même si je l'ai perdu.
- Vous ne l'avez pas perdue, jeune homme, vous l'avez trouvé pour nous. C'est plus que tout ce que vous pouviez faire. Considérez-vous comme de notre famille.

Des sourires, si francs, qu'il n'a pas reçu depuis longtemps. La sienne, de famille, n'a plus vraiment d'intérêts. Ensembles, ils repartent vers l'hôpital, Théo collé à la jeune fille et Sam entre les parents d'Andrea à qui ils racontent leur vie durant cette année passée loin d'eux. Une année à raconter en quelques minutes, sans qu'il puisse expliquer ce qui est vraiment important. Leurs fou-rires, les problèmes, les disputes, les réconciliations, les batailles d'eau au moment de la vaisselle, les cours, leurs nuits...

Sa chambre. Leurs sourires. Les paroles, qu'il n'entend ou ne comprend pas entièrement. Les larmes, la joie et la peine. Les médecins.

- Vous êtes de la famille ?
- Ses parents.
- Dans ce cas, j'aurai besoin de discuter avec vous de son dossier médical. Veuillez me suivre.

La petite blonde aux cheveux longs s'approche du lit alors que les parents quittent la chambre.

- Hey, Andrea... Je ne sais pas si tu m'entends là d'où tu es... Je voulais juste te dire qu'il était nul, ton plan.
- Alice...
- Non Théo, tu peux penser ce que tu veux. C'était quoi ton délire ? Partir en te disant que Théo viendrait me voir, qu'il tomberait amoureux et que de cette manière il arrêterait ses conneries avec les filles ? Et toi Andy, quand est-ce que tu comptais rentrer ?
- Alice, tais-toi, je t'en prie...
- Pourquoi ?
- Parce que, murmura Théo en jetant un rapide coup d'œil vers Samuel.
- Oh... Tu es Samuel, c'est ça ? Andrea me parlait de toi, quand elle m'écrivait au début.
- Excuse-moi... Tu es Alice ? De quoi tu parlais à l'instant ?
- Théo ne t'a pas expliqué ?
- Alice, la ferme, siffla Théo.
- Je vois que non. Samuel, sais-tu pourquoi Andrea a quitté sa ville et sa famille ?
- Elle... Elle ne se sentait pas aimée ?
- Faux. Elle savait parfaitement que ses parents l'aimaient, même s'ils ne le faisaient pas comme elle aurait voulu. Si elle est partie, c'est pour que son frère puisse redevenir le mec bien qu'il était avant. Elle voulait qu'il passe du temps avec la même fille, qu'il nous respecte à nouveau. Elle avait parfaitement compris pourquoi il avait protégé Louis.
- Mais... Dans son journal...
- Son journal, au départ, elle devait le laisser ici, pour donner une raison à sa fuite, pour qu'il s'en veuille et ne la recherche pas. Au final, elle a changé d'avis. Ce qui est marqué dedans est en grande partie exagéré.
- Et... Elle l'a continué.
- Sans doute, ça, je l'ignore. Le fait est que Théo s'est calmé, à force de rester avec moi, mais qu'elle a refusé de revenir quand même. Et tu sais pourquoi ? Parce que tu nous l'a prise.
- C'est faux ! Elle a choisit toute seule.
- Je ne t'en veux pas. Je te remercie de l'avoir rendue heureuse.

Sam relève la tête pour tomber sur un sourire de la jeune fille. Elle semble si innocente, et pourtant si sage.

- Dans ma religion, on pense que rien n'arrive par hasard. Tout est là pour apporter des expériences à ceux qui les vivent. Parfois, c'est dur, parfois plus joyeux. Andrea devait venir ici et te rencontrer.
- Elle ne devait pas tomber dans le coma.
- Peut-être que si. Ca apporte quelque chose à quelqu'un, c'est évident.
- C'est affreux de dire ça.
- C'est encore plus horrible de passer sa vie dans l'ombre d'un fantôme.
- Elle n'est pas morte.
- Toi, par contre, tu n'es pas loin.
- Je te hais de dire ça.
- Moi, je t'aime de lui avoir offert les ces derniers mois à tes côtés. Même si sa vie finissait aujourd'hui, elle aurait vécu comme elle le souhaitait.

Théo hausse les épaules. Il le connait, ce discours, il l'a tellement entendu. Sam, en revanche, semble soudain plus attentif.

- J'aime Andrea de tout mon cœur. Elle a été la sœur que je n'ai jamais eue. Si j'avais pu, je l'aurai sauvée moi-même. Mais ça fait partie des épreuves que la vie nous impose. Si elle se réveille, je serai la première à sauter dans le train. Si elle ne se réveille pas, je n'aurai pas perdu de temps, j'aurai vécu. La plus belle façon d'être là pour quelqu'un, c'est de penser à lui comme un souvenir merveilleux, comme si c'était la dernière fois qu'on le voyait. C'est ce que j'ai fait le jour où elle est partie.

Les trois jeunes sont interrompus par la porte d'entrée de la chambre qui se rouvre derrière eux.

- Jeune homme, nous voudrions vous parler.

Et je me suis arrêtée là

J'ai la fin dans ma tête, mais la poser sur papier est compliqué...
Revenir en haut Aller en bas
Fofie
Chef
Chef
avatar


MessageSujet: Re: Mon bouquin   Mer 7 Aoû 2013 - 10:10

Bah tu n'as plus qu'à bosser dessus, maintenant !!!
Revenir en haut Aller en bas
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: Mon bouquin   

Revenir en haut Aller en bas
 

Mon bouquin

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Aller à la page : 1, 2  Suivant
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum